EMBRUNMAN


Vous trouverez ci-dessous la raison de la disparition du Jéjé des chemins Monistroliens.
Bonne Lecture !!

Cette année quelques liens agrémenteront le récit, en plus des photos bien sur !




29 Mai 2018 - 21h00

Après avoir relu une dernière fois l'article 07 du règlement de l'épreuve, sans regret, je valide mon inscription. Attention, cette validation n'a pas été prise à la légère, elle est le résultat d'une idée arrivée enfin à Maturité. La petite graine était tombée par hasard, au gré des conversations et des aléas d'une vie sportive démarrée sur le tard.
D'ailleurs bien avant de chausser une paire de basket, cette épreuve était déjà synonyme pour moi, d'épreuve impossible, de quête réservée à une poignée de chevaliers en tri-fonction, de challenge hors du commun. Il faut dire qu'à cette époque 6 tours de Tatami constituaient mon unique activité d'endurance. Dans ma jeunesse j'étais un sprinteur, plutôt honorable, et passer le 1500 m au bac était impensable pour moi. Le 80 m était ma distance de prédilection. Les spécialistes diront que je suis équipé de fibres rapides à défaut de fibres lentes.

Et pourtant la graine s'est envolée, s'est reposée délicatement sur une terre fertile, et a commencé son long cheminement. Après 30 ans de jachères la terre était enfin riche !! Riche de quelques expériences de courses à pied : Plusieurs SaintéLyon en solo, 2 Marathons ... , et 1 Tendinite d'Achille. Et oui tout bon coureur a, un moment ou un autre, un pépin physique.
Tendinite qui après plusieurs aller-retour, a enfoncé la graine dans la terre en m'obligeant à privilégier les entrainements croisés : Cyclisme et Natation.
Pour pratiquer le premier je dus très vite déjà remplacer le "Raymond Poulidor" de mes 18 ans, avec vitesses indexées (au cadre), cadre Vitus (en acier) d'à peine 12 kilos et 26 ans par un vélo plus à la page.
Pour la 2e activité le défi est plus large, et je vous rassure, je n'ai plus le maillot de bain de mes 18 ans (de toute façon je ne rentrerais plus dedans). Mes derniers cours de natation datent de ma scolarité (la primaire), où j'avais même échoué mon "Têtard", je n'ai eu que ma "Grenouille". En résumé, le gars il arrive pas à tenir la tête dans l'eau !! La seule solution était donc de prendre des cours. Le défi était tout aussi large pour le prof. Transformer une enclume en une bouteille à la dérive (oui, la ligne droite en plan d'eau, j'ai toujours du mal).

Et nous voilà avec une terre qui s'enrichit encore.
L'entrainement croisé m'amènera finalement à tester une nouvelle discipline sportive : le Triathlon. 
Eté 2015, 1er triathlon M à Lavalette. Je termine co-dernier avec Vivien. Mais la graine commence sa germination.

En 2016, premier Half à St Rémy sur Durolle (2300m de natation à 14,2 °, en sortant dernier), et surtout Automne 2016, le NatureMan. Pour celui-ci, je pars avec un adhérent de mon club de l'époque l'ASMSE-Tri. Lors de nos discussions sur le trajet, j'apprends qu'il a déjà fait plusieurs triathlons XXL dont 3 fois "le Mythe". Je reste pantois, pour me rassurer, il me dit qu'il faut voir ce triathlon comme une "balade soutenue" mais accessible. Mais cela ne change pas ma vision du Mythe. Durant l'épreuve du NatureMan, je sors avant lui en natation et nous terminons ensemble le vélo (il montait mieux que moi, mais descendait moins bien), par contre il me mis la misère en course à pied.

La graine sort enfin de terre. Mais résistera-t-elle aux aléas climatiques ?
Ainsi fin 2016, je m'inscris pour mon premier XXL à Bordeaux prévu en Mai 2017. Triathlon qui sera bouclé, dans la douleur, mais bouclé (je vous laisse vous replonger dans le récit du FrenchMan pour les détails :-) ). 
Le hasard ajoute un nouvel évènement à l'année 2017 : l'étape du tour 2017 qui passe par l'Izoard. La montée du col et surtout le mur de Brunissard resteront gravés pour longtemps dans ma mémoire. Près de 2h de montée sans compter la pause de plus de 20mn pour récupérer des efforts et de la chaleur.
Cette année 2017 me donne désormais l'étendu du travail à accomplir si je veux qu'un jour ma plante grandisse et surtout donne accès au fruit défendu (en triathlon, pas de mauvais esprit sil vous plait).

A ce moment-là, un autre hasard plus malheureux, et plus personnel vient croiser, malgré moi, la croissance de ma graine.
Nous ne partirons pas en congés an Aout cette année. Et surtout, je prends conscience qu'il est important de ne pas trop attendre pour faire germer ses graines, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve.

Ce sera donc cette année, ou pas.
Pour rendre le projet viable, le planning 2018 est simple :
Half iron du Semnoz
Dominique Garde
Ardechoise
Etape du tour.
Et pour que tout passe mieux, le vélo passera de 10 à 11 pignons à l'arrière avec un 32 dents "de secours" !

Les 2 premiers se passent bien, même si la gestion du vélo n'a pas été terrible au Semnoz. Trop donné dans la descente, résultat HS au bout de 9km de Cap.
La vitesse en vélo est raisonnable, il restera à travailler la distance, ce qui est prévu avec l'ardéchoise et l'étape du tour, et la course à pied.
Le planning semble prêt, la motivation est là et la plante pousse. 

Pour toutes ces raisons, ce fameux article 07 ne doit être considéré que comme de la rhétorique, ou presque. Et pourtant j'aurais peut-être du le relire une dernière fois.

07) Pas de remboursement des droits d’inscription en cas de défection du triathlète pour quelque motif que cela soit. Attention ce point est important.

Je venais de m'inscrire au triathlon XXL mythique d'Embrun : L'Embrunman. Souvent appelé (à tort pour les puristes, et surtout pour les licences) l'Iron Man d'Embrun.

avec les profil vélo et CAP suivants




Par contre ayant peur d'avoir plus gros yeux que gros ventre, je garde cette inscription pour moi.
Deux personnes seulement seront mises au courant de ce projet (en plus de ma famille bien sur) : les 2 ayant déjà tenté l'aventure, à savoir Olivier C et David C.

Y a plus qu'à !


30 Mai - 13h45 (soit 16h45 Plus tard)


Le temps est gris mais maintenant que je suis inscrit, il n'y a plus d'excuses pour ne pas s'entrainer. Après tout, il peut aussi faire gris le 15 Aout. Les mercredis seront consacrés au vélo, les Jeudis à la CAP et les Vendredis à la Natation.
Aujourd'hui, je monte trois fois Rochetaillé par Terrenoire.
Sur la dernière descente, la pluie s'invite, il est donc urgent de rentrer.
Au portail rouge, je bifurque à droite, il y a moins de circulations que par Cours Fauriel. Je remonte le faux plat de la rue Virgile avant de redescendre jusqu'au Lycée de la Métare.
La pluie est de plus en plus présente, mais dans 10mn je suis au CE.
Petit dos d'âne avant la ligne droite.
Mais là, de derrière le bosquet d'arbres qui entourent l'arrêt de bus je vois déboucher une voiture blanche.
Elle va s'arrêter ? Il me reste 20m
Non ? Il me reste 15m
Si je me déporte à gauche je la prends de face car elle tourne dans ma direction.
Alors à droite ? Il me reste 10m
Pas mieux c'est le trottoir l'arrêt de bus.
Il n'y a plus qu'à ...
 trop tard. Je me mets en boule pour ne pas faire un soleil par-dessus la voiture et pour ne pas plier le vélo et j'attends le choc. Soudain et brutal.
Je rebondis sur l'aile et me retrouve allonger par terre sans trop comprendre comment. Avant de faire le tour du propriétaire, je commence par insulter le conducteur. Pur réflexe pour libérer la tension.
Je me relève, sans trop de bobos, a priori. Quelques égratignures sur le genou et le coude. Je m'en sors bien !
Le conducteur semble au petit soin, il veut ... uniquement remplir son constat !

Je finis par repartir doucement après avoir redresser l'axe de ma fourche. J'ai l'impression qu'il y a eu plus de peur que de mal. Je prends un paracétamol et je me dis que ce sera vite oublié. Mais lorsque je me relève de mon bureau, en fin d'après-midi, ma jambe gauche ne se plie plus, ma cuisse ne le permet pas.

Le lendemain, mon médecin ne prend pas la juste mesure du trauma : "Dans 4 jours vous êtes sur le vélo !"
Sauf qu'une semaine plus tard, la cuisse refuse toujours de plier, finalement il me prescrit une écho "pour l'ardéchoise se sera compliqué mais pour l'étape du tour, ce sera bon !" Il n'est pas au courant de la suite !
Ma plante perd quelques feuilles.

Pour ne pas perdre plus de temps, et en attendant le RDV de l'écho, je prends RDV avec une médecin du sport, spécialisée en Médecine Physique et Réadaptation.
Deux semaines après l'impact, résultat de l'écho.  Il reste encore un hématome de 8 sur 4 cm sur 1 cm d'épaisseur.
La médecin de l'écho est directe. "Vous arrêtez tout pendant 5 ou 6 semaines".

Adieu Ardéchoise, Etape du tour, et mon Mythe s'écroule.
Ma plante se fane !

Et pendant ce temps les collègues qui ne sont pas au courant, me racontent leurs exploits, et autres PR avec moult détails. J'avoue que je n'étais pas forcément très réceptif. Car déjà en temps normal c'est frustrant, mais là c'était ultra frustrant, limite rageant.

Mon généraliste confirme la sanction. Ah ils sont loin les "Dans 4 jours sur le vélo".
Le lendemain je rencontre la médecin du sport. Je lui parle de mes 2 cyclos et d'un triathlon que j'ai prévu le "15 Aout".
"Ah, vous faites Embrun !" Bizarre, est-ce que tous les médecins du sport connaissent les dates de toutes les épreuves ?
Elle me confirme que pour l'ardéchoise c'est mort, et que ce sera un peu tôt pour l'étape du tour.
"Mais pour Embrun c'est jouable". Cette phrase a un effet énorme.
Ma plante se redresse.
"Vous pourrez retrouver le vélo, par contre ce sera plus compliqué pour la course à pied".
Elle accepte que je la tienne au courant de mes entrainements et elle m'indique ce que je peux faire évoluer.
A partir de ce moment-là, je suis ses instructions à la lettre, dont la première "Mouliner, Mouliner, Mouliner !!"
Donc 2e quinzaine de Juin je peux rattaquer le vélo. D'abord en salle, sans vitesse, puis petit à petit revenir sur la route, mais toujours en moulinant. En parallèle, de la PPG et du Kiné.

Pour la PPG je vais passer de longs moments sur mon rameur puis mon vélo elliptique à regarder des vidéos de l'EmbrunMan 2016 ou 2017. D'ailleurs dans l'une d'elle le commentateur résume assez bien la situation.
"Pour certains vous êtes un fou, pour les autres vous êtes un emmerdeur !" et d'aucun rajouté "voire carrément un Egoïste !"

Donc retour chez Hélène ma Kiné, qui elle croit en l'étape du tour, car je ne lui parle pas d'Embrun. Avec tous les Casino que soignent Hélène, mon secret sur Embrun n'aurait pas fait long feu :-) !! Secret que j'enfouis d'autant plus vu que la probabilité de réussir à pris un sacré coup.
Pour ma part je reste moins enthousiaste pour l'étape du tour et je continue de suivre à la lettre les consignes de la Médecin du sport. Et pour cause. Si elle connaissait Embrun c'est que c'est une triathlète et surtout la médecin de l'équipe de France de Para-Triathlon, excusez du peu.

Juillet 

A partir de début Juillet, je mets le paquet sur le vélo et la natation. Je vais m'avaler près de 1000km de vélo en 4 semaines, au grand désarroi de mon épouse.
En fait depuis le mois de Mai et le Semnoz, mes autres activités sont grandement perturbées, je n'ai plus le temps de revenir dans mon club de CAP de Monistrol. Je n'ai plus le temps non plus de prendre part au Fan Club de Marillion.
D'ailleurs pour les séances plus intenses, j'ai changé mes musiques, car j'ai toujours besoin d'un environnement musical. Plus de Marillion, plus d'Imagine Dragons. Je suis passé aux Foo fighters. Et oui Il faut donner le meilleur de soi https://www.youtube.com/watch?v=h_L4Rixya64.
Même si pour le jour J c'est une autre musique qui me "poursuivra".

Le mois de Juillet sera une grande période d'équilibriste, que ce soit entre la vie personnelle et les heures d'entrainement, qu'entre la montée en charge et la blessure toujours possible !

Ma plante qui prenait le chemin du sol se remet à croitre.

Au 4 Juillet je peux aussi redémarrer la course à pied par "3 fois 3mn". A ces mots, ma médecin du sport, ayant vu ma tête, à ajouter "et c'est tout !". Ce sera ensuite 3*5 3*10 et 3*15.
Une semaine plus tard, soit S-4 d'Embrun, je peux enfin reprendre la course à pied. Mais elle avait raison, la course à pied sera plus compliquée car les muscles ne se remettent pas aussi bien des séances de CAP que des séances vélo.
Mais je n'ai pas le choix. Début Aout il faudra que je rebaisse la charge d'entrainement pour ne pas arrivez trop fatigué.
Après discussion avec mon ami de toujours des 24h, Stéphane, il me conseille, vu le temps qu'il reste, de me préparer à la vitesse du marathon : Courir entre 9 et 9,5 kmh et ajouter régulièrement 1 mn de marche. Je cale ma montre sur des cycles de 1,4 km, car les boucles à Embrun sont de 14km et cela me fait environ 8 à 9 mn de course. Je m'entraine aussi à marcher rapidement, même si je n'arrive pas à marcher à 7km/h comme Olivier.

Comme dirait Jean-Claude Duss "Dis-toi que tu n'as aucune chance et Fonce. Sur un malentendu ça peut passer !"

La période d'affutage touche à sa fin.
J'ai refait 100 fois tous mes calculs, ca peut passer en vélo, mais ca sera juste. Il faut que je prenne de la marge en natation ! Un comble pour moi.
Surtout que depuis 2 ans, tous les tours de CAP d'Embrun ont une barrière horaire. Je vais donc partir avec un seul adversaire, l'armée des barrières horaires (3 en vélo, 3 en CAP) !

13 Aout - J-2

La matinée est consacrée à la préparation des sacs .
L'entrainement est terminé. Il n'y a pas eu d'autres pépins, il faut que je garde confiance.

Et là ma famille m'apprend mon numéro de dossard qu'ils ont trouvé sur le site de l'EmbrunMan : le 666. 

Horreur, Malheur !! Ah oui, pour ceux qui ne savent pas, le 666 est le chiffre du diable, du Malin, de Lucifer, de Sauron, de Belzébuth ... ! Enfin vous voyez de qui je veux parler.
Pour avoir lu de nombreux bouquins de Stephen King ou Maxime Chattam, entre autres, ce chiffre ne laisse pas indifférent ! Mais je ne m'arrête pas à ça. Je vérifie quand même si le 666 de 2017 a bien terminé la course. C'est le cas.

Je garde mon numéro de dossard pour moi, pour ne pas inquiéter un peu plus mon épouse.

Les sacs sont bouclés. Les croque-monsieur sont prêts. Et cette année une nouveauté avec des barres céréales maison, riches en protéines (recette de Nicolas Aubineau).
Dernière nuit tranquille avant le départ pour les Hautes-Alpes.

14 Aout - J-1

Bien que le réveil soit programmé, je me réveille 5mn plus tôt. Petit déjeuner tranquille avant de charger la Berlingo.
Direction Valence pour récupérer ma soeur, qui comme, l'année dernière, assurera une logistique exemplaire sur Site. A la radio, la dernière chanson de Zazie https://www.youtube.com/watch?v=LA7T0GSjzg0. Allez savoir pourquoi, cette chanson va me trotter dans la tête toute la journée.

Même si le trajet est un peu long, et oui Valence / GAP sur départemental, maintenant que la limitation est à 80, ça rallonge le temps de trajet ! 
A la salle des Fêtes d'Embrun, aucune queue. Je récupère mon colis. En fait c'est le premier colis (le second est sous la chaise dans le parc). Il contient le bracelet les auto-collants, la puce, le maillot de participant et les sacs de ravitos.
Nous filons vers le plan d'eau pour déposer le vélo. Juste le temps de coller l'étiquette sur la tige de selle, et une autre sur le casque, même si pour ce premier jour, la jugulaire ne sera pas vérifiée.
Avant d'arriver au parc à vélo, un premier contrôle de sécurité nous arrête à l'entrée du tapis bleu. Ce tapis vu de nombreuses fois sur des vidéos d'Embrun. Il est magnifique, et, une première pour moi, il recouvre l'intégralité du Parc à vélo, des chemins de transitions et la zone d'arrivée.
Il me fait penser à la piste d'athlétisme des championnats du monde de Berlin.




Une fois le premier filtre passé, nous arrivons vers de nouvelles files d'attente pour entrer réellement sur le parc. Dans la queue, plusieurs personnes sont orientées vers le contrôle des vélos, pour éviter le dopage mécanique.
Nos vélos sont ensuite bagués, et nous, sommes marqués de notre numéro de dossard. Mon voisin de places le 667, arrive en même temps. En posant le vélo, il m'avoue qu'il est bien content de ne pas avoir tiré mon numéro :-) !
Dans la file d'attente, l'une des arbitres nous donne quelques indications. Mais un compétiteur sur ma gauche lui dit que ce sera bon pour lui. C'est son 9e !
J'ai d'ailleurs remarqué, que les multi-participants à cette épreuve sont très nombreux.

Je rentre dans ce parc immense. 1206 emplacements ont été installés, chacun avec sa chaise, et la place pour le vélo.


A 16h, il fait très chaud dans le parc. Les arbitres nous conseillent de dégonfler un peu nos pneus, car avec ces chaleurs, il ne faudrait pas qu'ils éclatent. Ah la bonne blague ! Dans le doute j'obtempère et je remets, bien précautionneusement, mes petits capuchons noirs. En laissant son vélo, chaque concurrent repart avec sa caisse noire et 2 bidons. Cette caisse sera l'unique élément qui devra être présent sous notre fauteuil durant toute la durée de la course. Tout doit rentrer dedans : baskets, cuissards, serviettes ...

Avant de sortir je vois que Charlotte Morel vient aussi d'arriver au Parc. Et oui, je suis dans un parc à vélo, avec de vrai(e)s professionnel(le)s.

En ressortant, la file pour entrer dans le parc s'est grandement allongée. Je file direct au briefing qui a lieu dans 20 mn. Briefing qui se fera dans le village expo sur écran Géant, et en plein soleil, flûte j'ai oublié ma crème !
Lors des présentations, nous avons la visite d'Yves Cordier une légende du Tri, Quintuple vainqueur d'Embrun, jusqu'à ce que Marcel Zamora ne le détrône l'année dernière avec 6 victoires. Il s'occupe désormais du Circuit IronMan France, mais est venu sur invitation ré-enfiler la tri-fonction !

Pour info, j'ai cru comprendre que ASO était venu prêter mains fortes à l'organisation cette année. Ceci explique sans doute l'augmentation des tarifs. L'étape du tour a bien pris 9% en 1 an !!

Bref ! Écoutons attentivement les discours de l'organisation, puis de l'arbitre en chef. Le parcours vélo est très détaillé, avec tous les points d'attention : Les parties à sens unique, où il n'y aura personne en face (la majorité du temps), les virages serrés ...

Je rejoins ma frangine qui n'a pu entrer dans le village qui était blindé. Il est temps d'aller récupérer la chambre à Crevoux. Petite station de ski a seulement 18km mais près de 25mn en voiture, route de montagne oblige.

Dans la chambre je remplis ma caisse avec tout ce que j'ai préparé l'avant-veille. Chausette et booster droit dans la basket droite ... Je prépare la poudre des bidons. Ah oui j'utilise de la poudre menthe (ras le bol des gouts agrumes), vous ne pensiez tout de même pas que j'allais tout faire à l'eau clair avec 1 croque-monsieur et une pâte de fruits ! What did you expect !!

Au resto, petit repas léger, poisson cuit à l'unilatéral, avec quelques pâtes et une très bonne sauce au persil. A 21h30 extinction des feux, en espérant ne pas trop tarder à m'endormir. J'entendrai les cloches de 22h, mais pas les suivantes. Par contre dans mes pensées raisonne "Tu Speed encore !" (la chanson de Zazie).


Petite vidéo de présentation de la journée

15 Aout - H-3

Donc je fais une nuit d'un trait jusqu'à environ 2h15 où je commence à fractionner mon sommeil jusqu'à 3h, heure du lever. Bon je ne m'attendais pas à dormir comme un bébé et à me réveiller comme une fleur à 3h. 
Je commence de grignoter, tout en m'habillant et en remplissant mes gourdes. Histoire de démarrer dès que possible la digestion pour respecter les 3h (ou presque). A 3h45 je me rends au buffet du petit-dej où tout a déjà été préparé. Un club alsacien est déjà présent. Les 3 membres sont déjà en tri-fonction. Je ne me lâche pas sur le buffet, je me garde ça pour le lendemain matin.

A 4h15 nous quittons l'hôtel, car l'organisation nous a demandé d'arriver le plus tôt possible à cause des contrôles Vigipirates. Sur la route, à la radio, Zazie vient se rappeler à mon bon souvenir. Bon j'ai compris, il faut que je speed ! Pourtant à ce moment je n'ai pas envie de speeder. Je suis noué. Les pensées parasites se percutent. Sur le papier, dans mon canapé, c'est un beau challenge, mais maintenant ce n'est plus une idée, c'est la réalité. Dans moins de 2h le coup de pistolet aura retentit. Pas moyens de se défiler.
Ma soeur me dépose aussi près que possible du parc à vélo, et je termine à pied avec ma caisse remplie, ma pompe, ma combinaison sur l'épaule et mon casque avec la jugulaire bien attachée. Les contrôles passent plutôt vite.

La première rangée de l'élite est déjà remplie.
Parmi les représentants masculins français on trouve Kevin Runstadler qui a failli se faire piquer sa première place au Natureman en 2016, Romain Guillaume (concurrent local comme Charlotte Morel) qualifié pour Kona et ancien représentant de Tobesport,
Etienne Dimunsch qui aurait des soucis au vélo quand on sort de l'eau. (décidément, lui aussi il est maudit, mais au final l'info n'était pas forcément avérée) J'ai d'ailleurs appris qu'il était d'Yssingeaux. 

Tout le parc est en ébullition. Eclairé par de puissants projecteurs, tout le monde s'affaire dans cette ilôt lumineux au sein de cette nuit claire et étoilée. Le speaker donne quelques infos, générales, quand vient enfin la température de l'eau. Bizarrement, alors que tout avait été énoncé en français puis traduit en anglais, c'est la langue de Shakespeare qui démarre. Avec mon voisin le 667, nous entendons "Twenty Five". On se regarde dépité "25" signifie pas de combinaisons. A priori nous ne sommes pas les seuls à avoir entendu ce chiffre, mais très vite le speaker annonce en français "20.5", il fallait comprendre "Twenty point Five" !!

5h20, mes affaires sont prêts. Reste le vélo à gonfler, déposer les sacs de ravitaillements et enfiler la combi. J'aurais le temps d'aller tester de nager de nuit. Je me rappelle que ma première expérience en lac de jour avait été très oppressante, et j'aimerais tester une fois de nuit avant de partir. Je commence par ma roue arrière. La pompe glisse mal mais j'arrive à gonfler à 7,5 bars. Je passe à la roue avant. Le capuchon ne tourne pas. Il faut dire qu'avec la rosée du matin (il fait 11° dehors) les doigts glissent. J’essuie le tout et je réessaye, pas mieux. J’insiste, je tourne, je tourne, Rien, alors je tire, je tire je tire et ...
La valve me reste dans les doigts, j'entends on gros pschitt d'une seconde et puis plus rien !
Je regarde ma valve toujours accrochée au capuchon et de l'autre côté mon pneu à plat. 

Durant quelques secondes un énorme sentiment de solitude ou d'injustice. P... de B....de M ..... !! Je vous passe tout ce que mon esprit a pensé à ce moment-là.
Dans 30 mn je suis censé nager pour le Triathlon de mes rêves et je regarde mon pneu, à plat. Je ne dis pas que j'avais envie de pleurer, mais pas loin.
Après l'accident, le mois de Juillet compliqué et le 666, que pouvait-il arriver de pire ? Je me dis que quelqu'un cherche vraiment à m'empêcher de le faire ce tri. Alors comme dans tout bon film "que celui qui refuse mon triathlon le dise tout de suite ou se taise à jamais". J'écouterai pendant 17h pour être sur que personne ne se manifeste.

Une fois le dépit passé, je démonte ma roue. J'avais prévu une chambre à air à récupérer en haut de l'Izoard, si toutefois je devais utiliser celle de ma trousse de vélo. Comme je n'ai pas encore déposé mes sacs de transitions, j'attrape ma chambre de secours.

5h35, je sors mes démonte-pneus et je m'attèle à la tâche. Nico mon voisin (le 667 :-)) me donne un coup de main pour démarrer le démontage. On a encore le droit, la course n'a pas démarré.
L'insertion de la chambre se passe bien, et je commence de mettre mon pneu à la main. Je repense à Cédric Gauvin un collègue qui avait crevé 2 fois à la suite car il avait pincé sa chambre en réparant. Je tire sur le pneu autant que je peux, mais vu la température, il est froid et n'a aucune souplesse. Je me résous donc à terminer avec le démonte-pneu très délicatement. Je regonfle, pas de fuite détectée, donc je remets  mon vélo sur la barrière.
A propos à Embrun, les vélos sont mis à la verticale sur la barrière et avec mon petit cadre, la roue ne touche pas la route. J'aurais la surprise de voir à mon retour de natation si la réparation a tenu.

Petit tour aux urinoirs et j'enfile ma combinaison. J'amène mes sacs de transition dans les emplacements prévus et j'entends le départ des féminines. Bon, plus le temps d'aller tester la nage de nuit. Je me rends directement à la zone de départ. J'ai le cardio qui est déjà au taquet avec mon problème de pneus. Le seul avantage c'est que je n'ai pas réfléchi à ma course. J'ai évité la question qui vient toujours dans le quart d'heure précédent le départ "Qu'est-ce que je fais là ?"

Je me trouve une petite place sur un bord pour ne pas me faire embarquer par la meute. Je prépare le GPS pour qu'il se cale le plus vite possible. Le speaker fait monter l'ambiance qui est déjà très chaude.
Malgré l'heure matinale, la foule est nombreuse.

Le coupe de pistolet retentit, c'est parti. Je mettrai un peu plus d'une minute avant d'entrer dans l'eau.
Et je ne déclencherai mon chrono qu'une fois dans l'eau.

Mais aujourd'hui je suis entrainé par la foule et je ne pourrai pas rentrer à l'arrière, pour éviter la lessiveuse. Je plonge dans l'eau avec une petite appréhension, mais cela se passe plutôt bien. Pas de fuites dans les lunettes. Pas de d'oppressions malgré la nuit. 
Là je me rends compte qu'avec toutes les lumières que je vois, je ne sais pas laquelle suivre. Alors suivons le bouillon !
Et dans le bouillon j'y suis carrément. Ca frotte, ça frite. Après 300m environ, nous arrivons sur une zone où de longues algues viennent nous carresser et surtout se nouer autour de nos bras et de nos jambes. Flippant !
A ce moment là, un concurrent sur ma droite, sans doute pour ce défaire de ce monstre marin tentaculaire, balance un énorme coup de poing et m'arrache la moitié du bonnet et mes lunettes. L'oeil gauche est de travers, et la partie droite est sur mon front. Génial, remettre le bonnet et les lunettes en plein milieu du plan d'eau avec tout le monde qui passe. Je tente un arrêt sur image mais ça ne fonctionne pas.
Je remets le tout tant bien que mal et repars dans la lessiveuse. Durant encore 700m j'arrive à me frayer un chemin dans la foule. Jusqu'à une bouée, où l'un des concurrents de devant passe de crawl à brasse (comme c'est souvent le cas) et je ne peux éviter son pied droit qui vient me défoncer la lèvre supérieur gauche. Décidément !
Je me glisse vers l'interieur de la boucle où il y a moins de monde. 
Lors du briefing, j'avais compté 7 bouées sur le schéma, qui paraissait bien plus précis que le schéma du site. Mais passée la 7e je vois qu'il il y en a une 8è un peu plus loin.
Je prends mon mal à patience et je m'applique à bien respecter tout ce que m'a dit le prof. Pour moi, il faut que j'essaye de nager à 10h10 pour ne pas trop croiser. Je m'allonge autant que possible, comme me le dit souvent David , et j'essaye de profiter de la glisse voire de pieds quand je peux.

Au moment de partir sur la seconde boucle je devine un kayak qui file tout droit vers l'arrivée, a priori, les premières féminines viennent de boucler leur 2 tours et vont sortir de l'eau. Comme elles mettent entre 45 et 50mn, je me dis que je dois nager depuis une quarantaine de minutes. C'est plutôt bon signe. 
Depuis quelques instants la nuit a laissé sa place a un ciel qui s'éclaircit de minute en minute. Un lever de soleil en direct, c'est quand même sympa.
Avec le peloton qui s'étire, la deuxième boucle se passera bien mieux, même si je ne quitterai jamais réellement le bouillon. Je dirais que l'essorage est passé de 1200 à 600 trs/mn. J'arrive à discerner les bouées assez souvent pour maintenir une trajectoire aussi rectiligne que possible.
Vers 3000m j'ai l'impression qu'une crampe veut s'inviter à la fête. Je me force à battre un peu des pieds, à bien respirer ce qui met un terme à l'invitation festive.
Je vois enfin l'arche bleue de sortie de l'eau. Je vais bientôt passer sous les douches que j'avais vue sur les photos de David et d'Olivier lors de leur Embrunman, 3 ans plus tôt.

Je regarde mon chrono 1h24 !! Formidable 9mn de moins qu'à Bordeaux. Je n'en demandais pas tant. Après avoir vu le classement, il s'avère qu'il restait environ encore 250 concurrents dans l'eau. Il est loin St Rémy où j'étais sorti dernier.
Je vois que le vélo de Nico est encore là. 
Je galère encore pour enlever ma combi, il faudra vraiment que je fasse raccourcir les jambes. En plus dans l'euphorie j'ai oublié d'enlever ma puce et elle se retrouve bloquée à ma cheville sur ma combi.  Bon tout compris ca doit bien me prendre 2/3 mn cette combi à enlever.
Pour me changer, cette année j'ai tout prévu. Ils ont dit nudité interdite. Donc je sors mon arme secrète : un poncho en microfibre fait sur mesure par ma soeur que je remercie. Il me sèche pendant que je me change ! Et là pas de risque de cartons rouges !! Bordeaux m'a suffit.

Pendant que je me change, nous avons déjà quelques nouvelles sur la partie vélo, puisque les cadors roulent déjà depuis plus d'une demi-heure.

Alors des collègues m'ont dit "pourquoi tu te changes, il y en a bien qui ont le même vêtement". Et bien tout simplement parce que 9h de selle avec une peau de chamois de 2mm en mousse, très peu pour moi, et surtout pour mon séant. A 46 ans on a le postérieur fragile :-) !
Je suis encore à 10mn de transition, mais c'est toujours 5 de moins qu'à Bordeaux. On progresse !
Je trottine sur le tapis bleu jusqu'à la ligne d'embarquement. Et c'est parti pour une longue balade dans les hautes Alpes. David C m'a avertit que ça montait dès le début. "Met tout à gauche et affole toi pas ".
Donc je prends mon rythme et je mouline, j'aime tellement ça maintenant ! Non je déconne c'est juste que ça fatigue vraiement moins :-).

Pour ceux qui voudraient un jour aller faire le circuit, sachez que nous suivons principalement trois parcours : 
"La route des Puys" de 45km, qi correspond à la première boucle, puis "Les balcons de la Durance" de 45 km (qui servira pour aller et revenir vers l'Izoard) et enfin "La boucle de l'Izoard" de 99 km. Ainsi grâce aux panneaux qui jalonnent la route, on sait à chaque kilomètre à quelle sauce on va être mangé.

La foule est nombreuse et tant que nous sommes dans Embrun, nous sommes acclamés comme des héros. Ça fait du bien. Très vite nous montons sur les contre-forts d'Embrun et nous sommes à l'ombre. Plusieurs concurrents étaient partis tout de suite avec le coupe-vent que l'on nous a conseillé pour descendre l'Izoard. Pour ne pas perdre de temps je continue sans, mais il est vraiment trop tôt pour que le soleil nous réchauffe, alors je déplie mon buff que je glisse sur le ventre et le torse. Mon ventre qui commençait à ne pas apprécier le choc thermique entre l'eau où il était au chaud et la fraicheur du matin, m'en sera reconnaissant.
Je regarde mon plan de marche. J'ai essayé d'estimer mes allures en fonction du profil, et donc mes temps de passages, à respecter pour tenir dans les 9h (je me garde sous le coude les 25 mn que j'ai gagné à la natation). Les premiers passages sont top. Au 20e, 35e et 45e (qui ont des ravitos), j'ai prévu de passer en 1h07, 1h33 et 1h55. Et je passe en 1h07, 1h33 et 1h54. Toutes les dix minutes je bois mes 2/3 goulées. J'attaque mon premier Croque-Monsieur dans la descente.

A ce moment là notre groupe est a peu près stabilisé, même si l'on se double à tour de rôle les mêmes noms reviennent :
Anne-Sophie (qui ne terminera pas), Valérie que je verrais encore souvent en CAP, Mickael (qui finira 1h avant moi sur la CAP) et son épouse qui le prend en photo toutes les 30 mn ou encore Dominique qui devait avoir un car de supporters !

Nous passons ensuite sur le grand pont qui traverse le lac de Serre Ponçon. Ce lac bleu vert, est toujours aussi magnifique, dans son écrin de montagnes. Une pure merveille.
Nous arrivons alors au rond-point des Orres, je l'appelle aussi le rond point des pailles, car il y a des dizaines de pailles géantes orange et jaune. Celui-ci marque la fin de la première boucle autour d'Embrun et annonce le départ vers l'Izoard.
C'était aussi un point de vigilance soulevé par l'organisation, "Attention, il y a beaucoup de monde".

Mais en fait ils avaient tort. Il n'y a pas beaucoup de monde. C'est noir de monde. J'ai fait de nombreuses courses, mais à ce moment là je ressens un sentiment unique. Une arrivée seule en haut de l'Alpe d'Huez sur un tour de France, quand les vélos se frayent un chemin à travers les spectateurs.
Des dizaines d'enfants veulent faire des checks.
Entre mon nom sur mon dossard et mon numéro 666 qui ne laisse pas indifférent, des centaines voire des milliers de personnes vous portent littéralement sur quelques centaines de mètres. Je me sens poussé des ailes. Ca fait 2 heures que je roule mais j'ai l'impression de démarrer.
Je souhaite à tout le monde de vivre ces quelques secondes d'intensité. C'est magique.

Nous traversons quelques villages et au détour d'une maison, je vois un concurrent les chaussures dans une main, le vélo dans l'autre, qui redescend en direction d'Embrun. A priori c'est terminé pour lui.

Un peu plus loin les pompiers sont présents, là c'est plus sévère. Un concurrent est sur civière, à un endroit pourtant sans danger. Pas de virages ou de grosses descentes. La seule trace de l'accident, un bidon éventrée par terre au milieu de sa flaque.

Au 60e km, après un ravito, je n'ai que 3mn de retard sur mon plan (qui ne comptait pas les ravitos), donc tout va bien. Nous entamons la longue montée jusqu'au pied de l'Izoard. Nous remontons la vallée du Guil. Les arbitres font leur aller-retour pour vérifier les aspirations et les dépassements.
De nombreux cyclistes hors courses se mêlent à nous. C'est là que le dossard est utile pour savoir si l'on rattrape un concurrent ou non. Effet pervers, quand on entend une moto, et qu'il y a potentiellement un arbitre, on a toujours peur qu'un de ces cyclistes se décide à "faire la course" pendant un dépassement. Dans ce cas, s'il accélère, adieu les 30s pour doubler. 
Je pensais que ces cas devaient être rare. Mais plus tard j'appris que l'un des concurrents, pas très loin de mon temps, c'était pris un avertissement car il avait mis trop de temps à doubler. L'arbitre lui avait dit "Vous doublez franchement ou vous rester derrière".

Parmi les cyclos du Dimanche (ou plutôt du 15 Aout), arrivent un ado et son père. Je dirais, que l'ado a un fort potentiel. Nous étions dans la vallée du Guil en faux plat montant, et ils avaient bien 4 ou 5 km/h de plus que la file de vélo qu'ils doublaient, et ils .... moulinaient !!

Nous quittons finalement la vallée du Guil pour le plat de résistance. Au rond point nous prenons la direction d'Arvieux. Les souvenirs de l'étape du tour revienne. Je m'arrête au ravito du bas du col. J'ai 6mn de retard sur mon plan de marche, mais je me sens toujours bien. J'ai l'impression de bien gérer. Je ne me mets pas dans le rouge.
L'objectif est d'arriver en haut du col sans mettre pied à terre.
Commence alors la longue transhumance du troupeau de cyclistes. En levant la tête, nous apercevons plusieurs Monts Chauve. je ne saurais dire lequel est vraiment l'Izoard, mais je sais que c'est l'un d'eux à environ 1000m au dessus de nous.
Mais ce n'est pas le moment de penser à ça.
Plusieurs monospaces nous doublent, toutes fenêtres ouvertes et crient nos prénoms pour nous encourager.
Nous traversons Arvieux, puis la Chalp.
Arrive enfin Brunissard.
Baisse la tête et pédale.

Depuis que nous avons quitté la vallée du Guil, les montagnes ne sont plus là pour nous faire de l'ombre. Nous sommes en terrain découvert. Le ciel est complètement dégagé, le soleil peut s'exprimer dans toute sa luminosité. Il est environ midi et la chaleur commence à monter. D'autant que notre vitesse tend à se réduire, il n'y a donc plus d'air pour nous rafraichir.
Sur le bas de la pente, la route étant moins large et avec les quelques carrefours, où nous sommes prioritaires, il y a parfois quelques bouchons de voitures que nous pouvons allègrement doubler. Oui on était pas obligé de respecter les 35m réglementaires derrière les véhicules dans ces conditions.
Sur un de ces ralentissements, dans une côte, je suis à deux doigts de doubler une Ferrari noire, mais cette dernière ré accélère tandis que j'arrive à sa hauteur.

Brunissard passe finalement mieux que prévu. Comme souvent, à trop se focaliser sur certains points, notre cerveau finit par exagérer ces points.  Par contre ce qui n'a pas bougé, c'est qu'après les grands lignes droites, nous attaquons les virages. La pente ne sera pas moins faible mais les portions seront plus courtes, et mentalement ce sera plus acceptable. 
Par contre même si les pourcentages les plus faibles sont proches des plus pourcentages les plus durs de l'oeillon, la pente est régulière et permet de prendre un rythme lui aussi régulier. C'est tout de même plus confortable que le Semnoz !
Soudain au détour d'un virage, j'aperçois un couple d'amis de Monistrol sur Loire qui couraient avec moi il y a 2 ans. D'ailleurs je ne sais pas qui fut le plus surpris entre eux et moi.
Ils sont venus supportés un ami à eux, membre de l'ASMSE-tri. Leurs encouragements sont les bienvenus, sur une portion où le public est plus disparate car éparpillé sur toute la montée.

Sur la montée proprement dite, il n'y a pas trop d'arbitres. Je pense que ce n'est pas la partie où ils seront le plus tatillons. Lors des dépassements, la règle des 30s pour doubler est parfois compliquée à réaliser. Entre 9 et 9,1 km/h la différence est ténue, mais tout le monde essaye de ne pas casser son rythme, quel qu'il soit.
Dans la montée, ce que je redoute le plus, ce n'est pas l'arrivée des arbitres mais l'arrivée des camions balais. David C m'avait prévenu qu'ils se mettaient en place quelques minutes avant l'heure fatidique.
L'expérience m'était déjà arrivée à mon premier Half de St Rémy, et se faire doubler par la voiture balai n'est jamais très réjouissant mais c'est bougrement motivant !
Je pense avoir une vingtaine de minutes de marges avant les 13h10 éliminatoire du haut du col.
La portion où j'avais marché l'année dernière, se fait cette fois-ci sur le vélo (merci mon 32 dents !!). Depuis le rond point qui nous a fait quitté le Guil, les panneaux du "Tour de l'Izoard" ont cédé leur place aux panneaux du "Col de l'Izoard" à prédominance Jaune. Les pourcentages sont tous à 9% et quelques décimales, jusqu'au 3e kilomètre du sommet qui est à peine à 3%, car il annonce l'arrivée de "Casse déserte". Paysage lunaire chapeauté par le bleu du ciel et souligné par la verdure des forêts qui couvrent le bas du col.
La petite descente fait du bien. Et n'ayant pas encore vu de voiture balai, je sais que la première barrière horaire passera.
Au milieu de la casse, on voit les derniers lacets avec leur cohorte de vélos. Les lacets sont encore hauts mais ils annoncent la fin du col. D'ici 10, 15 mn je suis en haut.
La foule est un peu plus nombreuse au fur et à mesure que nous approchons. Dans un virage un cycliste aux couleurs de l'AG2R, est assis avec des amis. Il ressemble à s'y méprendre à Romain Bardet, mais ce n'est pas le vrai.
Un dernier virage sur la gauche. et le sommet est là.

Alors oui l'Izoard,
oui ça monte, tout ça!
Y a pas d'ombre, bla bla bla.
Les gens en font toute une montagne
Et finalement ...
C'est une Montagne.

La montée s'est bien passée, j'ai repris 6 mn sur mon tableau de marche : 5h15 au lieu de 5h21. Par contre j'ai tout de même grignoté ma marge de près d'un quart d'heure. Il me restera moins de 20mn sur les barrières quand je repartirai.
2 Files s'offrent à nous. Ceux qui redescendent direct, et ceux qui récupèrent leur ravito perso.
Je vide mes 2 gourdes quasi vides. Un bénévole me les remplit tandis que je m'allège de tous mes papiers en trop. Je charge une gourde en poudre, l'autre en pastille de magnésium.
Dans le doute sur ce qu'il y avait aux ravitos, je récupère une petite StYorre de mon sac, enroulée dans du papier d'alu, et qui a gardé sa fraicheur. Elle accompagnera à merveille le croque-monsieur prévu pour la descente.

A la différence de l'année précédente, pas question de faire la descente à fond. Elle est là pour récupérer. Aucun coup de pédale pendant près de 20mn, jusqu'aux abords de Briançon. Descente uniquement en position Aero avec tout de même une petite pointe à 78 sur une ligne droite, sans même le faire exprès.

En approchant de la ville l'un des coureurs avec qui nous jouons au Yo-yo depuis longtemps, regarde sa montre et m'informe qu'en haut du col la barrière est désormais tombée. Le camion balai doit commencer de se remplir.

Il reste 70km et 3h30, avec une prochaine barrière dans 50km et 2h30. Les premiers kilomètres après Briancon sont trompeurs car plutôt descendants.
Descente durant laquelle je croise un cycliste en pleine réparation de sa chaine, sous le regard bienveillant d'un arbitre qui veille à ce que personne ne vienne percuter le mécano.
Soudain un coup de Cul de 100m sortit de nul part, freine nos ardeurs. D'ailleurs je ne sais même plus où il se situait exactement.
Mais à sa vue, on entend seulement le balai des dérailleurs pour tout mettre à gauche.
L'une des concurrentes, qui n'a pas pu garder assez de vitesse et qui n'a pas eu le temps de déclipser termine dans l'herbe du bas côté, mais sans gravité.
Outre cette péripétie, je me dis que ce sera large.
Mais, on m'a prévenu, après l'Izoard, ce n'est pas fini. 
Dans la vallée, la température monte. Le vent s'est levé et il est de face. Olivier m'expliquera que le vent du Sud remonte systématiquement la vallée. en début d'après-midi.
Bien que je boive régulièrement, la bouche s'assèche vite.

141e km arrive la fameuse côte de Pallon. J'en ai souvent entendu parlé.
Enchanté de faire votre connaissance !
Plusieurs spectateurs, nous disent, "Courage, c'est Pas long !" le jeu de mots était trop facile. Sauf que le panneau nous indique 10,9% de moyenne sur le prochain kilo. Sur la droite un coureur spectateur nous dit, qu'elle fait 1,8 km. Le gars est précis et on sent qu'il l'a déjà faite plusieurs fois. Je me concentre donc sur mon compteur. Bien évidemment le 32 dents est de la fête.
Toute la montée est en plein soleil à l'exception d'une protubérance de la falaise qui délimite 50m d'ombre. Tout le monde longe le bord pour tenter de profiter de ces quelques secondes de simili-fraicheur.
Je me concentre sur le compteur et regarde les mètres défilés. Il y a toujours le vent de face.
Olivier m'avait prévenu : au bout de la montée, plutôt rectiligne, le virage est annonciateur de la fin.
Je reste river sur mon compteur. Plusieurs concurrents ont mis pied à terre. Mon compteur est au ralenti tout comme moi. 
900m, j'ai passé la moitié. 
A 1400m, je vois le virage, deux autres concurrents déclipsent, ils ne doivent pas connaitre Olivier.
A 1500m, le virage passé, la pente s'adoucit et se termine après 1800m. CQFD !!

On reste un temps sur le plateau avant de redescendre. La route n'est pas très large. Et au moment de repasser sur le grand plateau, j'illustre une chanson de Ludwig von 88 : "Louison Bobet pédale comme un fou, mais n'avance plus du tout, Louison Bobet a encore déraillé" https://www.youtube.com/watch?v=FGwGRmc3EUw

Et oui il fallait bien que cela arrive à un moment. J'ai même droit à 2 déraillages à la suite, mais sans conséquence.
Ensuite jusqu'à Embrun ce sera une succession de montée et de descentes. Pas de grosses montées 1 ou 2 km qui oscillent entre 4 et 6%. Mais cet enchainement de sinusoide est très casse-pâtes et nous sape le moral.
Sur cette partie, 4 jeunes d'un club de cyclo s'amusent à nous mettre des mines dans les côtes, avant d'attendre quelques minutes en haut. Ils joueront à ce petit jeu jusqu'à Embrun. C'est vrai qu'il est plus facile de jouer les grosses cuisses avec la queue de la course qu'avec la tête.

La barrière suivante est au pont-neuf, 3h après l'Izoard, et c'est pratiquement le temps que je mettrais. Le vent de face a bien du me faire perdre une dizaine de minutes. Mais j'ai toujours mes 20mn de marge.
A l'arrivée sur Embrun, nous croisons durant 300m le parcours CAP où les coureurs sont déjà nombreux, alors qu'il nous reste une dernière difficulté : la côte de Chalvet. Cette fois-ci les avis sont très partagés. Certains spectateurs parlent de 3, 4, 5 voire 6 km. Un concurrent qui s'est porté à ma hauteur, me dit qu'avant la course à pied il sera possible de se faire masser !
Il me demande si l'on fait la montée ensemble (dans le respect des règles, bien sûr), mais je sens que nous n'avons pas le même niveau de fraicheur. Et effectivement 5 mn plus tard il aura complètement disparu de mon champ de vision.
Cette dernière côte n'en finit pas. Après 3 km, sur le bitume une inscription "Ca y est c'est terminé". Et effectivement on arrive sur un replat. Joie de courte durée, environ 50 m, car derrière la maison sur la gauche la côte reprend pour 2 km.
Au total près de 5km qui oscille entre 6 et 7%, avec je pense des passages à 8.
Et à 50m du sommet, une dame qui a du aller faire ses courses, nous rattrape avec son VTT - électrique. C'est rageant.

Heureusement nous pouvons enfin redescendre, sur une route pas très large, à double sens cette fois-ci, mais surtout gravillonnée !!! Génial !
Bon de toute façon j'avais plus envie de me faire un PR (Personnal Record pour ceux qui ne sont pas sur Strava).
Pourtant sur l'heure qui est prévue par l'organisation entre le Pont-neuf et l'arrivée je n'aurais besoin que de 55mn !

Le vélo touche à sa fin. Le tapis bleu est devant moi. Je dé-serre mes chaussures. Je vais tenter de laisser les chaussures sur le vélo et de finir en chaussette, grâce au tapis, pas de risque d'avoir de la boue ! Une première pour moi, et ça se passera ...
bien !
Le vélo est terminé. L'organisation prévoit 9h05, j'ai mis 9h00, avec 8h52 sur la selle. Moins de 8 mn pour les ravitos les 2 déraillages et les pauses techniques. En progrès !
J'ai grappillé quelques places je suis 900e.

Alors petit détail, pour ceux qui feraient Embrun, comme les vélos sont à la verticale, dans le parc. La gourde de devant a donc la tête en bas. Et si vous n'avez pas refermer la tirette, quand vous retournez le vélo et bien ...
vous vous dépêchez d'enlever la gourde pour pas en mettre plein le tapis !
Je vois que mon coloc le 667, a déjà reposé son vélo. Normal il a mis 7h40 !!

A deux rangées de moi, 2 masseuses s'occupent d'un concurrent. Je vais les voir pour leur demander si elles peuvent passer après. Top !!
J'enfile mon poncho pour me changer. Au micro j'entends l'arrivée de la première féminine Carie lester. Le speaker annonce aussi les garçons déjà arrivés, je ne connais pas le trio de tête, mais j'entends que Andrej Vistica, Etienne Diemunch, Kevin Runstadler et Romain Guillaume sont arrivés.
Les masseuses arrivent. Pendant près de 5mn, quadri et mollets sont massés, ça fait un bien énorme !!. Mais bon il faut penser à repartir.
Je finis de me chausser, j'attrape ma ceinture porte-bidon et je pars. Un bénévole m'appelle : "Et Votre dossard ?"
Quoi mon dossard.
Mince je l'ai pas remis après m'être changé. Je reviens à ma place, rien. Je regarde dans ma caisse rapidement, toujours rien. Peut-être quand je suis allé chercher les masseuses. Je refais le parcours, toujours rien.
J'attrape mon dossard de secours au fond de la caisse, mais je n'ai rien pour attacher les 3 points d'accroche.
C'est vraiment trop con.
Je finis par retourner toute ma caisse, et là, enrouler dans le cuissard vélo, je vois la ceinture qui dépasse. Ouf !
Je peux enfin partir. Par contre entre le massage et le dossard, c'est clair que j'ai fait ma pire transition !

16h54

J'ai 6h20 pour faire mon marathon.
Mais la question qui arrive est surtout : A quel moment les batteries seront-elles à plat, à quel moment je n'arriverai plus à m'alimenter. Car je sais que cela arrivera. A Bordeaux c'était au 15e km.

Ma soeur m'a vu arrivé et m'encourage. Un peu plus loin je verrai le couple d'amis.
Je m'élance à environ 9 kmh. Le début est plutôt plat. Je décide ne pas alterner course/marche tout de suite, car j'aurais toute la montée du village pour marcher.
Le massage a fait du bien car je ne ressens pas tout de suite les 2 bouts de bois, qui me servent en général de jambes après plusieurs heures d'efforts. La foule est nombreuse sur la digue qui longe le plan d'eau. Très vite le jeu du collier commence.
Comme il y a trois tours, il y a les colliers (ici surtout les bracelets) pour savoir qui en est où.
Sans collier : 1er tour
Collier Jaune : 2e tour
Collier Jaune et Rose : Dernier tour.
Le jeu consiste donc à savoir où en sont ceux que je croise. Parmis les coureurs je reconnais Sébastien Godel, un athlète émérite qui avait couru à Monistrol il y a quelques années et que j'ai recroisé parfois à l'Ozen (la piscine de Monistrol). Lui a déjà un bracelet rose.
Après 2km, un léger faux plat montant sur 1,5km, je continue de courir.  Sur la route, une douche improvisée a été installée pour nous rafraichir. Un peu plus loin un un arroseur automatique a été installé sur la chaussée.
Puis démarre la côte. Elle est en 2 parties. 
Première partie, à travers un lotissement, sans grand intérêt. Si ce n'est que la route sur les bords est un peu défoncée. D'ailleurs ma cheville vrillera sur un accotement au 2e tour, mais ça tiendra.
J'essaye de manger quelques TUC et noix de cajou que j'avais dans mon porte-bidon, mais c'est laborieux. Ca fait la pâtée et mastiquer reste compliquer.
Un petit replat de 100m et on arrive sur la 2e partie dans le cœur du village. Petite rue piétonne pavée, bordée de bars et restaurants blindés. Avec en plus un Gars qui joue du tambour dès les premières tables.
Tambour que j'ai vu sur les vidéos lors du passage des premiers, et il y était encore à mon dernier tour. Chapeau et merci à lui !!
Dans cette côte très peu de gens courent. Mais même en marchant nous sommes chaleureusement encouragés.
J'arrive à marcher à un peu plus de 6kmh dans la côte, ce qui me va bien.
Après 1,5 km de côte, on trouve un ravito, puis très vite on rebascule de l'autre côté d'Embrun pour 2 km de descente et pour passer sous le Roc d'Embrun. Cette première descente se passe très bien, a un peu plus de 10 km/h. Bien que raide, elle ne tape pas trop dans les cuisses. Une fois de retour vers la digue, on ne prend pas la direction du parc mais on repart pour 4 km dans la campagne, sur un chemin en faux plat. Sur cette partie puis sur la route qui nous mène au parc à vélo, j'alternerai 1 mn de marche et 7 /8 mn de course à 8,5 km/h.

En plus des ravitos, on trouve très souvent la distribution d'éponges gorgées d'eau. Et en plus des éponges officielles, de nombreux enfants en ont récupérées quelques-unes et se font un plaisir de les distribuer à leur tour.
Par contre l'alimentation devient difficile. J'ai abandonné les TUC, il me reste encore mes barres maisons très tendres.
Je revois ma soeur et mes amis, ça permet de relever le torse.

Je boucle mon premier tour de 14km en 1h45 (pour 2h prévue par l'organisation). En passant à mon ravito perso je m'allège des tucs qui ne serviront plus, et j'attrape une pom'pote ! Très bonne idée.
Après 2h je passe la barre des 16km. Il reste encore un peu de jus, mais sur la digue je n'arrive plus à tenir les 9.
La montée se fera encore à 6 en marchant, mais la descente sera beaucoup moins rapide qu'au premier passage. Aux ravitos je prends des petits bouts de banane que j'écrase entre ma joue et mes dents pour l'avaler, et j'alterne eau plate, eau gazeuse. De temps à autre je mords dans une orange.
La fin de la descente coïncide avec le semi-marathon. 2h45 de course.
Je tapote la jauge, mais ca y est j'y suis. La batterie est à plat. Le faux plat dans la campagne se fera en marchant, mais pas beaucoup plus vite que la montée dans Embrun. Je reviens vers le parc à vélo, et je dis à ma soeur que je suis au bout du rouleau. Elle m'encourage et me dis que ca va le faire.
J'ai mis 2h pour la 2e boucle, il me reste 2h30 pour la dernière. Les calculs sont rapides. Si je marche à 6 c'est bon si je descends à 5 c'est mort. Je dois courir un peu pour garder une marge. Désormais sur la digue je cours à 7,5, si on peut appeler ça courir.
Sur la digue, je croise une arbitre jeune, et je dirais plutôt zélée. En courant, mon dossard a tendance à tourner, et là il approche de ma hanche gauche, tout en restant toujours devant et visible. Pourtant elle me dit "S'il vous plait, merci de bien centrer votre dossard".  C'est plus de 21h, il n'y a plus que les galériens sur le parcours, et pourtant le zèle reste de mise pour certains arbitres. D'autres, plus âgés, sont beaucoup plus bien veillants. 
La nuit a fait son apparition, et j'ai allumé ma frontale.
Désormais les chemins sont beaucoup plus clairsemés, moins de concurrents et moins de foule. Pour le dernier tour vu que plus rien ne rentre, je laisse mon porte-bidon dans mon sac à ravito, en échange de ma dernière compote. Je trottine tant bien que mal jusqu'au ravito en bas des côtes. Devant les maisons que nous longeons une dame postée devant chez elle nous regarde passer. Elle me fait penser à la dame en robe de chambre de Bordeaux. Elle me demande "C'est votre dernier tour ?". "Encore heureux". J'aurai pu lui expliquer le jeu du collier, ça l'aurait fait participer, mais bon je n'avais pas une marge de malade non plus !

Au ravito, plus d'orange. La bénévole me propose du citron. Je mords dans le citron. Gloups c'est acide. C'est même trop acide. Je prends un verre d'eau et je pars dans la montée.
Dans le lotissement,quelques personnes aux balcons nous encouragent en voyant nos petites loupiotes tanguées dans la nuit. J'arrive alors dans la ruelle d'Embrun.
Les lampadaires jaunes, donnent des reflets dorés aux pavés.
Le tambour est toujours là. Mais la suite est unique.
Après le rond-point des Orres où je m'étais senti poussé des ailes, arrive le 2e moment inoubliable de cet EmbrunMan.
Je suis le seul concurrent dans la ruelle.
Les clients de la première table s'arrêtent de parler et se mettent à m'applaudir. Puis toutes les tables font de même. Plus personne ne boit ou ne mangent. Ils m'applaudissent tous.
J'en ai encore la chair de poule.
Je me sens obliger de m'arrêter et de les saluer à mon tour. Il y a sans doute la fatigue mais je me sens très ému et tout petit.
Je marche, je dois avoir une tête de déterré et ils sont tous là, debout pour la plupart, à applaudir, comme si j'étais le premier. Instant éphémère de célébrité, mais d'une rare intensité.

J'avais lu qu'il y avait une grosse ambiance à Embrun. Je confirme.

Le rond-point des Orres était magique.
La traversée d'Embrun est unique.

Je termine ma côte, toujours à 6. Je m'arrête aux ravitos. Je prends un verre d'eau gazeuse. Malgré l'heure elle est encore fraiche. Car quasiment tous les ravitos de CAP sont devant des fontaines, et donc les boissons restent dans l'eau fraiche jusqu'au dernier moment.
Nous sommes la nuit mais les étoiles que je vois ne sont pas forcément dans le ciel. L'eau gazeuse arrive dans mon estomac toujours fâché du citron. Il me laissera juste le temps de m'éloigner du ravito d'une cinquantaine de mètres et de m'appuyer sur le rebord d'un muret, avant de m'alléger de quelques grammes. D'ailleurs ce ne sera pratiquement que de l'eau.
Mon corps a fermé les vannes. Il me reste 9km.
Mais effet bénéfique d'avoir laissé le citron par terre, la descente se passe bien mieux. Et pendant 3/4 km je vais me remettre à courir à 9 en descente puis à 8 sur le plat. Dans la descente je rattrape quelques coureurs. Certains errent carrément dans le noir, ils n'ont pas de frontales, et dans ce bout de campagne, aucun éclairage public.
Sous le roc d'Embrun je dépasse 2 autres coureurs. Une dame nous accompagne durant 5mn.
Puis arrive le petit détour dans la campagne. Le coup de boost a terminé son effet. Le chemin a quelques cailloux. Ce serait con de se faire une cheville maintenant. Je fais le faux plat en marchant, à 5 à peine. En scrutant scrupuleusement le terrain.
Pendant ce temps j'entends le feu d'artifice qui est tiré au niveau du plan d'eau, mais nous ne le voyons pas. Si j'avais su, je me serais dépêché.
Nous passons le pont qui surplombe la Nationale. Il reste 4km.

Un duo de coureurs me passe sur le pont, et j'essaye de repartir à leur suite pour profiter du faux-plat descendant.
Je les garde en visu jusqu'au prochain ravito, où eux ne s'arrêtent pas.

Un groupe de six coureurs arrivent quelques secondes après moi au ravito. Nous repartons ensemble en marchant durant quelques centaines de mètres. A 2 km de l'arrivée, ils se remettent à courir. J'essaye de suivre, mais à plus de 9,5 je ne tiens pas longtemps et je redescends à 8 / 8,5 laissant le groupe s'éloigner petit à petit.
A la flamme rouge nous passons sous un pont (en marchant car le chemin n'est pas stable). De retour sur la digue, je sais que ce sera bon. Il n'y a plus que du plat.
L'odeur de la ligne d'arrivée fait oublier les douleurs et je repars en courant. Je double un concurrent 
Sur la digue, un groupe présent depuis le début est toujours là, sauf qu'ils ont enfilés les pulls. Je quitte la digue pour la dernière fois.
Je fais le tour du Parc à vélo.
Dernière ligne droite.
Le tapis bleu est là, il m'attend.
Ma Soeur et le couple d'amis est toujours présent.

Je franchis la ligne sans y croire.

Ma plante a terminé sa croissance, le fruit est beau.

Je viens de terminer l'EmbrunMan.

Je suis fou de joie. J'avais tellement de doutes, que j'ai du mal à le croire. La fatigue, le ras-le-bol, le "Je veux plus y aller" : Tout est oublié. Comme dans toute épreuve, pendant, on dit "plus jamais ça », et puis on se remet !!
Je récupère ma médaille et mon maillot de Finisher. Ils n'ont pas de prix.



Le dernier participant arrivera 23 mn plus tard après 17h 15mn et 6sec (avec la clémence des arbitres). Deux autres concurrents encore sur le chemin pourront terminer mais ne seront pas officiellement "Finisher". J'ai mis 16h51 (16h52 officielle - 1h25 natation / 9h vélo / 5h58 Marathon) mais pour moi le chrono est anecdotique. Je voulais seulement le terminer.

En me dirigeant vers le ravito, je passe devant la tente Akileine pour les massages. Une place est disponible alors j'en profite sans attendre. En arrivant à la table je m'aperçois que mes Booster sont restés sur mes Chevilles. J'avais oublié de les remonter. Mais finalement pas de crampes. Les massages seront un peu douloureux, mais terriblement efficaces, puisque le lendemain, je marcherais sans problème, et 4 jours plus tard j'irai faire une vraie ballade en vélo de 95km, en plus de 5h.
Je reste 15mn sur la table. Cuisses, Mollets, tendons et dos. Tout sera soigné.

Finalement, même si ce triathlon a été une réelle épreuve pour moi et que je finis vidé, il y a de nombreux points de satisfaction, en plus d'avoir terminé évidemment !
En comparaison de Bordeaux, j'ai amélioré mon temps de natation, ma première transition, et malgré le dénivelé, même le marathon fut meilleur.
Je me suis mieux alimenté et hydraté ce qui a repoussé mon vidage batterie à près de 14h. Alors qu'à Bordeaux j'avais calé après 10h.

Nous retournons à l'hôtel, pour une nuit bien méritée. Le lendemain, je peux enfin faire honneur au buffet du petit-dèj. Tous les participants de la veille ont enfilé leur maillot de Finisher. Il en sera de même à Embrun où nous repassons pour que je puisse prendre en photo la banderole de "Le Triathlon le plus difficile du Monde !"



Sur la route du retour, j'aurais à nouveau droit à Zazie. Mais là, aucune raison de speeder.

Je n'ai plus d'autres Graines secrètes en Triahtlon (de toute façon si elles étaient secrètes je ne le dirais pas :-) !). Mais dans un coin de ma tête je garde le Challenge de Roth. Tout d'abord c'est en Allemagne, c'est le plus rapide (tous les records y sont battus) et surtout la nage est en Canal, donc beaucoup plus facile d'aller droit :-) !
Par contre pour l'année prochaine, en objectif principal, Le Tours'Man. Mais lui n'est pas une surprise car tous les triathlètes de Casino en parlent depuis quelques mois. Il sera à Tours comme son nom l'indique et surtout il sera bien moins dur qu'Embrun.
C'est mon épouse qui sera contente, car je ne le ferais pas seul. Enfin ! Nous partons potentiellement à 9. D'ailleurs ça commence déjà de se chambrer sur Strava !

Embrun restera une expérience unique pour moi. Oui unique car je ne le referais pas. Je n'aurais pas la capacité, comme le dernier de cette année, de finir ma carrière de triathlète à 62 ans en revenant faire Embrun :-) !

Arrivé chez moi, je ne sors pas mes affaires tout de suite. Je sors uniquement ma médaille.
En franchissant le seuil, j'aurais droit à un énorme gâté de ma puce. A mon niveau, je suis son champion, et c'est déjà pas mal !!


Merci au public d'Embrun et surtout à ceux du rond-point des Orres et de la Montée d'Embrun. Avec une mention pour mes amis, la famille Muller.

Merci à mon 32 dents, qui m'a permis de ne pas mettre pied à terre.

Merci à Stéphane C, Olivier C et David C pour leurs conseils, leurs encouragements et leur discrétion. Tiens il n'y a que des "C" : "CCC"  Prononcé en anglais ça ferait « 666 » ! Bizarre, ce numéro me dit quelque chose !.



Merci à ma Médecin du Sport, Dr Perrin, qui m'a redonné l'espoir au pire moment.

Merci à Val, ma Soeur pour la logistique toujours aussi impeccable, pour les encouragements et pour le poncho.

Et surtout, Merci à ma famille pour leur patience.



Pour ceux qui veulent une vidéo plus longue :copiez le lien ci-dessous dans un navigateur.
http://www.embrunman.com/my_uploads/Embruman2017.mp4  
ou cliquez sur : Embrun_2017





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