VERCORSMAN

 Est-ce que vous aimez les ravioles ?

 
Moi j’adore.
 
Pourtant ce n’est pas la raison première (ni la seconde) qui m’a fait choisir le VercorsMan, triathlon qui se déroule dans le pays de la raviole.
En début d’année pleins de projets de Triathlon étaient au programme, à commencer par celui du Lac des Sapins. Et même lors des premiers jours de confinement, l’espoir était toujours vivace.
C’est pourquoi sur les premières semaines, le Home-trainer a chauffé entrainant souvent une inondation de mon sous-sol tant cela fait transpirer.
Mais rapidement, il a fallu se rendre à l’évidence, il n’y aurait pas de Lac des Sapins.  J’ai reporté mon dévolu sur le Triathlon du lac du Bouchet, mais après quelques jours, la fédération a annulé toutes les manifestations jusqu’à fin Juillet.
Je scrutais régulièrement le calendrier des Tri, à une distance raisonnable (je n’avais pas prévu d’aller voir les Ch’ti), mais rien.
 
Une année de disette se profilait, car plusieurs épreuves de début Août annonçaient aussi leur annulation.
 
Et finalement, en regardant sur Fin Aout début Septembre, je vois poindre le Vercorsman. Pas loin de chez ma frangine. Par contre le format est un XL (assez rare, je crois que jusqu’à présent il n’existait que celui d’Huez). Un XXL n’était pas envisageable vu que je ne suis pas capable d’aligner 3800 m  de natation si je n’ai pas au moins 3 ou 4 mois d’entrainements, sans parler du Vélo.
 
2200m de natation, 120 km de vélo et un semi semblent réaliste, si ce n’est les 3000m de D+ annoncés (Openrunner l’affiche à 3100). Le ratio D+/distance, est supérieur à Embrun. Heureusement, les barrières horaires sont larges (8h de Vélo autorisé).
 
Nous sommes encore en Juin, et il reste plus de 2 mois. Y a plus qu’à.
 
A commencer par retourner dans les lignes d’eau. Après plus de 3 mois d’arrêts, la reprise est laborieuse. Première séance, j’arrive difficilement à boucler 1500m, dans des temps que la décence m’empêche de dire (enfin je reste quand même sous les 20mn au 700m, petit clin d’œil à ceux qui ont fait Montélimar). Et surtout, j’ai oublié l’effet du chlore sur mes sinus, depuis le pince-nez ne quitte plus mon sac de natation.
 
Il faudra plusieurs séances, pour s’habituer au pince-nez et revenir à du 2400/2500 m à l’heure, mon maximum.
 
Pour la course à pied, je n’ai aucune sortie de plus de 15km sur l’année. Et comme ce n’est pas là-dessus que ce sera la difficulté, je continue juste des sorties de 10 / 15 km une ou deux fois par semaine, à allure faible. Oui je sais qu’en triathlon je ne vais pas partir sur du 12 km/h , mais au mieux du 9. Donc pas la peine de bruler des calories là-dessus. En Juin, plus pour retrouver un peu de socialisation, je ferais quelques sorties les mercredi soir avec mon Club de Monistrol, l’occasion de parfois faire quelques accélérations avec Alain et Pascal.
 
Pour le vélo, avec Le déconfinement et bien que les beaux jours se soient fait un peu attendre, les sorties pourront se faire à l’extérieur. Fini de perdre 2 litres d’eau à chaque séance de Home-trainer. Retour sur le bitume et sur de vraies côtes. Car le challenge dans la région c’est de trouver des pentes assez longues d’au moins 10 km. Les rares jours où je suis sur site, la croix de Chaubouret est tout indiquée. Il faut aussi monter le volume pour atteindre rapidement les 100km minimum, avec au minimum 2000m voire 2500m de D+ à chaque sortie longue. Effet pervers de ces sorties, c’est que forcément je pars sur du 5 / 6 heures de vélo (si je m’appelais Fabien ça se saurait J). Et là tout de suite on empiète sur la vie de famille. En rapport les sorties pour préparer Tours prenaient moins de temps.
 
En sortie j’aurais le col de l’Oeillon et plusieurs fois celui de la Charousse.
 
Heureusement, Serge nous organise une petite sortie dans les Monts du Forez. Je lui demande une sortie de 3000 sur 120km (pour avoir le ratio du Vercorsman). Et comme on ne lui l’a fait pas, il comprend très vite, que cette demande n’est pas anodine (mais il est fiable et il gardera le secret jusqu’au bout). Il prépare la sortie idéale (plus de 3100 sur 125), sauf que c’est moi qui coincerait sur la fin, et nous ne ferons pas la dernière montée, mais nous approcherons tout de même les 2800.
 
Bizarrement, après une grande forme début Juillet (montée de l’Oeillon, PR sur Salvaris), je sens une baisse de régime sur la fin du mois, et début Aout. Cette baisse se confirmera sur la dernière grosse sortie, descente à Valence par l’ardèche. J’avais fait quasiment la même 2 ans plus tôt pour préparer Embrun (à 24 de moyenne), là je dépasse difficilement le 22.
 
De toute façon il ne reste que 2 semaines donc tant pis, on fera avec on va juste tout ralentir pour essayer de se refaire la cerise, comme on dit dans le jargon.
 
Sur cette période Olivier m’a toujours dit, il faut arrêter le volume mais garder l’intensité. Donc j’obtempère, tout du moins j’essaye, car en pleines vacances, il faut que les sorties soient le plus indolores possibles, familialement parlant. 3 sorties vélo, 2 sorties CAP et 2 natation.
Me concernant tout a été fait au mieux, maintenant, reste à voir quelle sera la situation météorologique. Sur les premières estimations, je regarde et …
Je me dis qu’il est trop tôt pour chercher ne serait-ce qu’une tendance.
J-7 la tendance ne s’améliore pas, le week-end promet un temps exécrable. Mais bon ils peuvent encore se tromper, on verra dans 2 jours.
J-5 ... J-2 toujours pas mieux. Parfois la pluie se décale de quelques heures, elle avance, elle recule, comment veux-tu que je m’en… sorte (ok c’est pas la meilleure, je la referais pas).
 
J-1. Pour être plus proche du lieu de la manifestation je descends chez ma frangine à Portes-Lès-Valence, à moins de 45 mn du départ : St Nazaire en Royans. Après un déjeuner rapide, nous allons récupérer le dossard avec toutes les étiquettes qui vont bien. Le temps est gris et sec pour l’instant.
J’ai un peu peur de la file d’attente avec le protocole sanitaire, mais tout se passe bien. L’organisation ayant étendu les jours pour retirer les affaires, tout se passe bien. Avec mon masque je cherche ma vague de départ et mon numéro de dossard sur les listings à l’entrée. Dossard 190, vague 13. Bon j’avoue que depuis le 666 d’Embrun, ce n’est pas la vague 13 qui va m’impressionner, mais bon quand même.
Dans la salle, il n’y a pas grand monde, après un petit coup de gel hydroalcoolique, la récupération du paquet est quasi immédiate. En même temps, se présente l’unique féminine qui fera le Challenge du VercorsMan (enchainé le S du Samedi avec le XL du Dimanche). J’aurais bien voulu le faire mais je n’étais pas sûr que ma combi ait le temps de sécher dans la nuit J
En tout cas la demoiselle a l’air tout à fait saine d’esprit, en tout cas chapeau à elle.
 
Petite visite de la zone de transition et quelques photos du parc et de tous les préparatifs qui sont en cours. Beaucoup de barrière pour orienter tous les flux, entrée natation, vélo A/R et CAP A/R. Sur le coup ça peut faire beaucoup mais je sais qu’en général les bénévoles sont suffisamment vigilants pour que l’on ne se plante pas de chemin, et ce sera bien le cas.
Ici le tapis sera Orange, ça change du bleu très répandu. Certains diront que c’est plus salissant, mais je vous assure qu’il sera largement lavé dès le lendemain.
Entre temps m’a sœur a pu se garer et nous remontons le parcours course à pied pour aller comprendre le petit carrefour où se fera l’aiguillage entre les tours de CAP. Pour simplifier, c’est l’endroit où l’on sait si l’on repart pour un tour ou si l’on peut filer jusqu’à la ligne d’arrivée.
Je croise un autre concurrent qui vient repérer les lieux. Je lui explique ce que j’ai compris, lui me donne une autre explication, jusqu’à ce que l’on comprenne c’est que lui regarde les marquages du S moi du XL. Lui se lance à l’eau dans un peu plus de 2h.
Finalement nous retournons jusqu’à la voiture en croisant plusieurs concurrents venus pour en découdre sur le format S de l’après-midi.
 
En arrivant à la maison, petit coup d’œil à la météo, il y a peut-être une amélioration l matin sur la ligne de départ, mais la partie vélo, notamment vers Rencurel, dans la montée du Mont Noir, est toujours prévue sous la pluie, avec une température aux alentours de 10°.
 
C’est donc avec ces informations que je prépare mes sacs de transitions. Alors « mes » pourrait paraitre exagéré sur un triathlon où les affaires sont déposées au pied du vélo (et pas dans des sacs comme c’ets souvent le cas sur les distances XXL), mais l’incertitude de la météo me pousse à me charger plus que de coutume avec des « au cas où ». Dans les chaussures de chaque épreuve, le minimum syndical. Pour le vélo et la CAP : maillot de corps, maillot manches courtes (je prévois de me changer si je suis trop trempé), chaussettes, manchettes et bien sur la pommade anti-ampoule surtout si les pieds sont détrempés. Souvenir d’expériences malheureuses sur mes premières Saintélyon.
 
Ce minimum syndical sera complété de coupe-vent, buffs et d’une veste anti-pluie. Le genre de veste qui vous évite d’être trop mouillé sous la pluie mais qui vous fera transpirer et donc vous mouillera quand même si vous la garder trop longtemps.
Le tout enroulé dans 2 serviettes (une comme tapis, l’autre pour s’essuyer), avec un grand sac plastique et mon fameux poncho, fait maison, qui servira au changement, car, Covid oblige, pas de vestiaires pour se changer. Sur le coup cela peut paraitre beaucoup, mais je me souviens d’une ardéchoise, où j’ai pris un coup de froid à 30 km de l’arrivée, et rouler sans pouvoir se réchauffer, c’est un calvaire. En course à pied c’est souvent plus facile de retrouver une température acceptable.
A cela s’ajoute une des consignes de l’organisation, toujours en raison du coronavirus, « soyez le maximum en autosuffisance ». A part l’eau, le but est de limiter le temps passé aux ravitos. Donc je charge en barre, et en croque-monsieur.
Vous comprenez donc pourquoi, avec tout ce volume, je parle de mes sacs (et n’oubliez pas le sac de la combi néoprène). Et encore, ils annoncent 15 en fin d’après-midi pour ma course à pied, donc pas de maillots manches longues.
 
A un moment de mes préparatifs je me demande même si l’organisation ne va pas croire que je monte un stand :-). Finalement, le lendemain je ne regretterais rien de mes choix, bien au contraire.
 
Il ne reste plus qu’à décorer le vélo et le casque. Ce sera d’ailleurs l’une des rares occasions de sortir la coque (pour protéger de la pluie) qui était livrée avec le casque.
 
Désormais, les armes et la monture sont prêtes pour la bataille du lendemain. Petit goûter au gâteau de riz énergétique maison. En fait c’est un mix de plusieurs recettes trouvées sur Internet, et les plus anciens parleront sans doute de « Gloubi Boulga » (pour la recherche sur Qwant, ou sur votre moteur de recherches favori, aidez-vous du mot « Casimir »), tant il est difficile de trouver ce qu’il y a dedans.
 
Je me pose sur le canapé. Dehors la pluie tombe et bien que l’heure ne soit pas trop avancée, les nuages gris anthracite nous projettent dans une nuit maussade. Mon cerveau commence de se mettre en ébullition sur les différents scénarios possibles du lendemain, et c’est l’une des premières fois où dès la veille d’une épreuve, la petite phrase arrive et je me demande « qu’est-ce que je fais là ».
 
Je pars me coucher tôt, on ne sait jamais, sur un malentendu je peux arriver à passer une bonne nuit. Bien sûr, j’aurais autant de chance de dormir que Jean-Claude Duss de conclure.
 
5h30, le réveil sonne, juste quand j’étais enfin en plein dans ma nuit. Normal !
Parfait pour respecter les 3heures de digestion. Même si le petit-déjeuner sera très léger. Le plus important c’est surtout de vidanger au maximum les intestins, plus que de les remplir. C’est toujours ça de moins à trainer dans les côtes.
 
Je remplis les gourdes avant de les installer sur le vélo. Au moment de démarrer la voiture, le démarreur fait un bruit bizarre, sans lancer le moteur. Le temps d’un petit coup d’ascenseur émotionnel, jJe retourne la clé et le moteur démarre. Sans doute une coïncidence. En fait c’est surtout un coup de chance ou un répit car le démarreur lâchera 7 jours plus tard.
Quoi qu’il en soit, nous filons vers St Nazaire en Royans, arrivée prévue vers 7h10 / 7h15, avec une fermeture du Parc prévue à 7h45.
 
Sur la route les premières lueurs du jour font leur apparition. Ici on ne parlera bien que de lueurs, et pas de rayons de soleil, ni de lever de soleil ou autre image bucolique. Les lueurs sont uniquement dues à des nuages plus clairs que d’autres. Mais on voit que sur le Vercors il… non en fait on ne voit pas vraiment le Vercors. Il est encore endormi dans sa couette de nuages, aux teintes grises, anthracites ou noires. En A quelques kilomètres de St Nazaire, le pare-brise commence de recevoir quelques gouttelettes. On arrive prêt du parc. Ma sœur me dépose avec tout mon barda. Je chausse mon casque et mon dossard. Je descends installer mon stand, lorsque j’entends aux haut-parleurs qu’il faudra aussi présenter sa puce, jambe gauche. Moi qui pensait arriver jusqu’à mon emplacement sans tout faire tomber, c’est louper. Je mets la puce et je reprends ma transhumance.
L’entrée au parc se fait dans une atmosphère presque sèche. Si ça tient comme ça, c’est déjà pas mal.
 
J’embroche mon vélo dans son rack et je commence de sortir mes affaires. Et en quelques secondes mes gouttelettes sont remplacées par une vraie averse. En catastrophe j’enfourne tous les vêtements dans un plastique et le sac qui devait partir à la consigne servira de radeau à mes affaires. Je garde une serviette pour couvrir les chaussures (retournées pour l’occasion). Mais en à peine 5 mn la serviette est gorgée d’eau. J’ai commencé d’enfiler au plus vite ma combinaison, avant qu’elle ne soit trop gorgée elle aussi et qu’elle ne glisse plus.
Sur ma petite sacoche de guidon, j’avais mes points de passage imprimés sous une pochette plastique. Mais le papier est déjà détrempé et les chiffres dessinent des arabesques sur le papier. Les bandes de couleurs prévues pour indiquer les passages plus ou moins raides se mélangent et se fondent dans ce tableau improvisé.
 
7h45 le parc à vélo ferme, ou presque, car quelques retardataires entrent encore. La pluie cesse, maintenant qu’elle est sûre d’avoir arrosé tout le monde. L’averse est partie, nous pourrons aller nager au sec !!
 
Entre temps la température officielle a été donnée : 17,3°. Bizarre très bizarre. La veille pour le S, l’eau était à 17°, et entre temps il y a eu la nuit et la pluie. Et avec tout ça la température serait montée. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu !!
Je n’ai jamais eu de cours de thermodynamique des fluides (d’ailleurs de telles cours existent-ils ?), mais j’ai du mal à y croire. Mais bon, Je me dis qu’avec une température extérieure a 17 aussi, on devrait trouver l’eau chaude (noter l’utilisation du conditionnel).
La combinaison est bien évidemment autorisée, mais pas obligatoire. Plus tard sur les photos je verrais quelques hurluberlues sortirent de l’eau avec juste leur petite tri-fonction.
 
En attendant le départ, l’organisation nous décrit le plateau de rêves présent au départ.
Chez les dames, une stéphanoise, Jeanne Collonge (que l’on ne présente plus dans notre région). Si vous vous entrainez parfois à la grande piscine de Saint-Etienne, vous aurez parfois l’occasion de la croiser. Cela m’est arrivé il y a un peu plus d’un mois. Enfin quand je dis la croiser, c’est uniquement lorsqu’elle s’arrête sur le bord pour changer d’exercices, sinon vous ne la verrez que vous doublez !
Chez ces messieurs, il y a déjà les 2 derniers vainqueurs de l’Embrunman (Diego van looy  et William Mennesson), et un autre multi-vainqueur de l’Embrunman : Hervé Faure (parrain de l’épreuve et un palmarès de dingue), parmi les français on trouvera aussi Romain Guillaume (palmarès tout aussi impressionnant).
Alors certes, le triathlon c’est cher, certes ces athlètes exceptionnels nous ne les connaissons pratiquement qu’en photo, en magazine ou en Podium, mais on fait les mêmes épreuves qu’eux. Les mêmes distances, les mêmes difficultés. Et si on arrive au bout c’est une petite fierté supplémentaire !
 
Les premières vagues partent. A commencer par les paratriathlètes, puis s’élanceront les féminines et enfin les masculins. Bien que le départ soit en rolling start de 20 personnes toutes les vagues s’enchainent très très vite. En à peine cinq minutes les 360 concurrents seront à l’eau.
 
Je descends sur le tapis plastique, mets le pied dans l’eau et … non je plonge toujours pas … je continue d’avancer puis je me jette comme je peux. Vous vous doutez bien qu’entre-temps j’ai eu le temps de constater que la sensation d’eau « bonne », n’est pas arrivée, l’eau reste froide.
Heureusement la combi se remplira au fur et à mesure de la nage donc pas de frissons qui parcourent l’échine.
Qui dit rolling start, dit pas de machine à laver et rien que ça c’est agréable. Bon je dis pas qu’il y aura pas deux ou trois coups qui partiront de ci de là mais j’ai vu pire.
Je ne sais pas comment ont été réalisé les vagues. Je pensais que c’était au temps estimé (j’avais dit 50mn pour les 2200m) mais ça ne semble pas le cas. Des concurrents me doublent, et j’en double. En fait je double surtout deux ou trois personnes qui brassent. Certes il n’y a pas grand mérite, mais je me dis qu’il y a pire que moi, au moins en natation.
Sur une partie du trajet on longe des flotteurs qui délimitent le parcours et durant environ 200m je me retrouve à la piscine à suivre mes flotteurs. Enfin 200m où la trajectoire restera rectiligne.
Le parcours dessine un L en suivant le chemin de la Bourne. A l’angle intérieur du L, dans le prolongement d’un rocher dans les tons de rouge, on sent un courant chaud sur quelques dizaines de mètres.
C’est sans là que les juges avaient pris la température.
 
Les énormes bouées qui délimitent le parcours sont assez nombreuses ce qui fait que l’on a rarement plus de 150 voire 200m entre chaque. Ce sont autant de petits jalons qui nous permettent de nous voir progresser. Cela permet surtout d’avoir des trajectoires vraiment rectilignes.
 
Pour ce triathlon j’inaugurais de nouvelles lunettes polarisantes. Bon j’avoue que pour cette matinée maussade, la polarisation ne sert pas à grand-chose.
 
On revient vers le parc pour un second tour.
Je maintiens mon rythme mais petit à petit je sens les doigts qui s’engourdissent. En général la maladie de Reynaud (pour faire court : c’est la perte du flux sanguin aux doigts et aux orteils) se manifeste surtout l’hiver. Mais je sens bien que ma main gauche en est victime. J’ai beau bouger mes doigts, ce n’est pas suffisant. Finalement sur les cinq, dix dernières minutes, l’annulaire et l’auriculaire gauches sont complètement vides, gelés. Et les autres ont à peine plus de tonus. La sensation est très étrange, j’ai l’impression de nager uniquement avec la paume gauche. Faut faire gaffe, mais à forcer d’une seule main, je risque de tourner en rond J
Heureusement cela reviendra très vite une fois sorti de l’eau.
 
J’arrive enfin vers l’arche bleue qui marque la fin de la natation, et je m’extirpe non sans mal de la Bourne. Il faut toujours quelques secondes pour passer de l’horizontal au vertical. J’avais prévu 50mn sur ce qu’avait demandé l’organisation, et la montre affiche 48mn 58 seconde. Contrat rempli.
Je trottine jusqu’à mon emplacement avec le haut de la combi en bandoulière. Comme d’habitude, ma combi étant trop grande (ou moi trop court), ce sera encore la galère pour enlever le bas des jambes.
La température n’est pas beaucoup remontée. Je prends donc le choix de partir à sec avec maillot de corps et coupe-vent sans manche. Donc déploiement du poncho pour changement intégral.
Même si je n’ai pas prévu les sur-chaussures, chose que certains porteront, j’ai quand même équipé mes chaussures de sur « pointes de pied » qui couvre la moitié de la chaussure, et ce sera une bonne idée pour la suite.
Pour maximiser l’autonomie, comme conseillé par l’organisation, je charge les poches arrière de barres, croque-monsieur et d’une veste de pluie au cas où.
 
L’accès à la rivière est vraiment encaissé, donc forcément pour repartir il faudra passer par une côte et même une bonne côte. On est pas encore au mur, mais on est pas mal. L’animateur avait promis un lot à celui qui monterait la côte en 52 ou en 53 (gros plateau pour faire simple), mais comme je suis en 50, pas la peine de jouer, je reste sur mon 34. D’ailleurs quelqu’un a-t-il gagner le lot, l’histoire ne le dit pas.
 
Durant cette première ascension, on a un point sur la course. William Mennesson et Romain Guillaume se tirent la bourre au 10e kilomètre. Partis 5/6 mn avant avec le principe des vagues et déjà 10 km d’avance. C’est clair, le podium s’éloigne pour moi J !!
La partie dure commence. Je me suis entrainé pour pouvoir supporter les 3000 de D+, et la barrière horaire est relativement large. Par contre quel sera l’état de forme au bout des 120 kilomètres. Surtout que nous ne savons toujours pas ce qui nous attend du point de vue du ciel.
 
Le début du parcours est une succession de trois petites bosses. Mais il faut se méfier des « petites bosses », surtout quand on juste regarder un profil de 120 km réduit à 12 cm. Il y a forcément des petits coups de cul qui n’apparaissent pas. Et ce sera le menu des petites bosses. Des pourcentages pas très réguliers, alternant le pire et le meilleur.
A l’entame d’un coup de cul, un concurrent que je double me prévient. Attention celle-ci elle pique et il y en a une pire à gauche après la redescente. Chose promise, chose due, dans les deux cas, il faut se lever de selle pour une petite séance de danseuse. Mais ce sont des passages de quelques centaines de mètres tout au plus, dont on voit même parfois rapidement le bout. Cette partie est, au final, plutôt sympa.
On mange du D+ sans trop s’en rendre compte.
La météo est même agréable, un peu fraiche mais sèche. Je commence de m’alimenter rapidement pour ne pas revivre ma déconvenue survenue lors d’un entrainement dans les monts du Forez. Un gros coup de moins bien après 100km.
J’en profite pour remercier Serge et ses précieux conseils ;-) !
 
10e km plus de 35 minutes que la tête de course est passée. Ils ont déjà du attaquer le col de la machine. Pour ma part il me faut terminer la seconde petite bosse et faire la 3ème.
Au sommet de celle-ci, un couple de bénévoles me lancent « A gauche vous avez une longue descente avant d’attaque la grosse ».
« Comment ça les côtes c’est pas fini ? »
Et là, la femme regarde son compère « S’il est fatigué, il vaut mieux qu’il s’arrête tout de suite ».
Et j’aurais tendance à être complètement d’accord avec la dame. Mais bon, il faut pas dire ça aux athlètes. Vous savez nous sommes des personnes très fragiles.
C’est pas grave, on va profiter de la descente.
Direction Saint-Jean en Royans. J’ai beau humer de toutes mes forces, je ne sens pas les ravioles, sans doute, est-il trop tôt, à peine 11h.
Petit virage à droite et c’est parti pour le col de la machine.
 
Premier panneau « Arrivée 12km, prochain km 8% ». Bon allons-y tranquille. Mouliner, mouliner. Boire régulièrement. Une gorgée à chaque panneau cela me parait être un bon rythme.
Le deuxième kilomètre affiche aussi 8%. Ca a le mérite d’être régulier.
Comme toujours dans les courses, les allures sont stabilisées pour beaucoup et on voit les mêmes têtes, une fois je double, une fois je me fais doubler.
Les nuages gris n’ont toujours pas décidé de se désagréger.
Le troisième kilomètre est toujours à 8%.
Au quatrième je me demande s’il n’y avait pas une promotion sur le 8%.
Au fur et à mesure de l’ascension, je remonte doucement mais surement la fermeture de mon coupe-vent. La température se rafraichit, et les panneaux continuent d’afficher du 8%, au total il a dû y avoir 6 panneaux avec cette inclinaison.
Mais le froid n’est pas le seul élément à s’inviter. ON s’est beaucoup rapproché des nuages gris et à 6km du sommet il commence de bruiner.
Bon je me dis que si on en reste là ça sera acceptable.
Que n’avais-je pas penser !!
En un kilomètre la pluie remplace la bruine. Je remonte le zip du coupe-vent jusqu’en haut, et je mets mon buff, car le froid se fait plus pinçant.
Encore un kilomètre et nous rentrons complètement dans le brouillard.
Aucune visibilité.
Nous sommes à flanc de falaises. Et qui dit falaise dit risque d'éboulement, et sur la route on trouve de nombreux cailloux de 10 à 15 cm qui surgissent parfois au dernier moment du brouillard.
On passe dans des mini-tunnels creusés dans la roche.

Ma sœur m’avait dit, tu verras, de là-haut tu as une vue magnifique. Mais là rien. A peine on sort d’un tunnel qu’on ne voit pratiquement pas le suivant noyé dans la brume.
Un concurrent me dépasse, avec une lampe rouge clignotante à l’arrière. En moins de quinze secondes il disparaitra dans le brouillard et même sa lumière se fera happée.
 
J’en profite pour casser un mythe. S’il y a des enfants qui lisent dites-leur de sauter ce passage.
Quand on est petit, souvent on se demande ce qu’il y a dans les nuages et si l’on peut les toucher.
Alors les enfants (oui je sais qu’ils n’auront pas sauter le passage), arrêter de rêver ; les nuages, c’est gris, froid et plein d’eau !!
Je ferme la parenthèse.
 
Il pleut à verses. Je longe la falaise pour essayer de m’abriter de la pluie, mais l’effet est surtout psychologique.
Soudain à l’entrée d’un tunnel, un flash me fait sursauter. Un photographe, caché dans la pénombre à contre-jour, a déclenché son appareil. De toute façon, cela ne pouvait être que ça.  Je me suis bien douté que je m’étais pas fait flasher, surtout en pleine montée.
Même si les panneaux n’affichent plus le 8%, j’avoue qu’ils sont désormais le cadet de mes soucis.
Mon seul but est d’avancer et de sortir au plus vite de ce nuage.
 
Mes lunettes de routes, sont équipées d’une partie lunettes de vues, ce qui fait 2 petites parois l’une derrière l’autre. Rapidement le brouillard et la pluie s’insinue entre les deux, et essuyer les lunettes ne sert plus à rien.
Je dois finir par les baisser sur mon nez car la visibilité est nulle. Je ne vois même plus les bandes blanches de la route. Il me faudra encore de longues minutes pour arriver au ravitaillement en haut du col.
Au ravitaillement, j’ai vraiment froid. Plusieurs concurrents enfilent leur veste de pluie et j’empresse de faire de même à l’abri de la tente. Je me débarrasse de mes emballages de barres et je repars.
Pendant quelques minutes je sens la chaleur revenir à l’intérieur de la veste de pluie. Ce soulagement me redonne un peu de baume au cœur pour la suite de la route.
 
A partir de là, on reste quelques kilomètres sur le plateau avant de redescendre dans la vallée. Sur les parties descendantes, je fais tout pour ne pas prendre de vitesses. L’organisation a prévenu. Attention il n’a pas plu depuis longtemps il y a des risques que les hydrocarbures ressortent, et que ça devienne glissant.
 
Ajouter à cela que les patins en caoutchouc sur jantes mouillées, ça ne fait pas bon ménage. C’est là qu’on se rend compte de l’intérêt des freins à disque. Pour tenter garder un minimum d’efficacité sur les freins, je pompe régulièrement pour arriver les sécher et ainsi leur rendre un peu d'efficacité.
 
Je continue de secouer mes lunettes pour tenter de les rendre un tant soit peu efficace. Un peu plus loin je rentre dans un nouveau tunnel mais cette fois-ci je ne vois pas de lumière à l'horizon. Je rentre dans le noir complet. Sur le coup ne voyant rien je commence de freiner pour m'arrêter, quand soudain une lueur apparait. Mais cela ne ressemble pas aux néons que l'on trouve habituellement dans les tunnels équipés.
La lueur émane du virage, mais je n'en vois pas encore la source.
Quelques tours de roues me permettent enfin de contempler la source lumineuse. Un immense ballon estampillé EDF, alimenté par un groupe électrogène fait office d'éclairage tel une immense luciole.
 
Le plateau continue dans le froid, le brouillard et la pluie. C'est un vrai chemin de croix. Je commence de penser à la suite de la course, car nous n'en sommes qu'à un tiers. SI nous avons ce temps à 1000 mètres d'altitude, qu'est-ce que ça va être au col du Mont noire à 1400m. Le grésille ? La neige ?
A ce moment-là, je ne me sens pas le courage de d'affronter encore ce temps pendant soixante ou soixante-dix kilomètres. Pour l'une des premières fois depuis mes débuts d'épreuves sportives, je me dis qu'il sera sans doute plus raisonnable d'abandonner.
Mais rapidement je me dis, à quoi bon. SI les conditions sont identiques, je ne vais pas me mettre à attendre la voiture balai le long de la route sous le déluge. Il faudra de toute façon que j'avance jusqu'à un ravitaillement.
Je décide finalement de repousser cette décision au moment où la situation se présentera.
 
La partie sur le plateau touche à sa fin et nous entamons enfin la descente qui nous ramène dans la Vallée. Cette descente est chargée d'espoir.
Espoir de quitter la pluie, de revenir sur une route sèche. Espoir de pouvoir ré-ouvrir la veste de pluie pour pouvoir sécher de l'intérieur.
 
Les premiers kilomètres de descente se font les mains sur les freins avec le doigts gelés et complètement engourdis par le froid.
Et on rembobine le film de la montée. La visibilité augmente. La pluie se réduit pour redevenir bruine. La route, elle, a plus de mal à s'assécher.
En perdant de l'altitude les doigts ressentent un peu de douceur et se décrispent graduellement.
 
Mais la douceur et surtout le vent dans la descente ne m'autorise pas à ouvrir la veste.
A Saint-Laurent en Royans, j'entends, avant de la voir, ma sœur qui m'encourage. J'ai juste le temps de râler un peu (il n'y a pas de mal à se faire du bien) et je continue ma route.
Elle m'expliquera plus tard, qu'une des personnes qui étaient avec elle attendait sa femme qui concourrait. Elle abandonnera en arrivant vers eux.
C'est aussi après la course, en regardant les résultats que j'apprendrais que les 2 athlètes qui se tiraient la bourre au 10e kilomètres avaient abandonnés au 50e kilomètre. Ravitaillement de Saint-laurent.
 
Une petite dizaine de kilomètre se présentent à moi, au sec. Je sais qu'il faut profiter de ce moment. Pour reprendre des forces physiques et mentales, pour se remotiver et pour être prêt à affronter tout ce qui peut arriver sur le col du Mont noir.
 
Sur l'appli météo que j'avais regardé le matin, mon jalon de référence est à Rencurel. Ville située dans la montée du col et où il est prévu 11° avec des averses.
 
La montée va durer 25km en allant crescendo. Chaque kilomètre supplémentaire, au sec, fait office de petites victoires.
La route commence à s'incliner, mais le plafond nuageux est encore haut et loin, mais pas assez loin à mon gout.
 
Après une quinzaine de kilomètres au sec, je me résous à enlever ma veste de pluie pour essayer de sécher avant de potentiellement la reprendre un peu plus tard.
Sur une mauvais manip dans le déshabillement, j'appuye sur un bouton de mon chrono. La montre passe en mode transition 2. Et m... flute. je simule rapidement la fin du triathlon et je relance le chrono sur une nouvelle sortie vélo.
Devant moi une concurrente encore plus couverte : cuissard long, sur-chaussures, gants longs. Je la garde en ligne de mire comme un petit challenge. Pour l'instant le pourcentage est plutôt sympa.
Je mouline sans puiser.
Au-dessus de ma tête les nuages sont toujours présents mais leur gris est beaucoup plus clair.
Le rythme reste constant et un premier panneau plutôt réconfortant arrive "La Balme de Rencurel", à la frontière entre la Drome et l'Isère. Rencurel n'est plus très loin, et il n'y a toujours pas une goutte de pluie. Le revêtement est même sec.
"Rencurel", la météo s'était plantée. Pas de pluie et les nuages qui s'éclaircissent.
La pente s'intensifie un peu mais la partie ardue reste à venir.
Un petit groupe de bénévoles nous attend pour nous indiquer qu'il faut quitter la départementale pour s'engager sur une petite route sur la gauche.
Ils préviennent que la partie sera rude.
Je ne vais pas dire que je l'attendais avec impatience mais tout le monde s'y était préparé.
Quelques trouées bleues
En quittant la départementale, nous laissons derrière nous une partie découverte. La nouvelle route serpente dans les bois.
Il ne pleut plus, mais les arbres s’ébrouent et secouent leurs feuilles sur notre passage. Je me dis que c’est sans surement leur façon de nous applaudir et de nous encourager dans cette dernière difficulté.
 
Je rattrape un concurrent uniquement vêtu d'une trifonction sans manche, sans aucun coupe-vent ou tout autre protection. Rien dans ses poches, rien sur son cadre. Je me dis qu'il a vraiment dû ramasser dans le col de la machine. D'ailleurs il est bien entamé et chaque coup de pédale lui coute.
 
Sur ces derniers kilomètres la pente oscille entre 7 et 9% avec parfois quelques "dos d'âne" qui nous rapprochent des 10%.
Sur ma cassette arrière, j'ai utilisé mon pignon de secours. Celui qui me dit que désormais la mécanique ne pourra plus rien pour moi. Désormais c'est mes jambes contre Newton.
Heureusement le combat sera plutôt équilibré.
En haut du col dans notre sens, point de panneau indiquant le sommet du col. A la place, j'aperçois le camion du SAMU38 et quatre ambulanciers qui prennent l'air. Heureusement pour nous et tous les concurrents ils n'auront pas à travailler.
 
A travers les feuillages quelques trouées de ciel bleu autorisent le passage d'une poignée de rayons de soleil.
A la différence du col de la machine où nous étions restés quelques kilomètres sur le plateau, ici la bascule est immédiate. Si tôt le col franchit la route s'incline dans l'autre sens.
C'est parti pour vingt-cinq kilomètres de descente. La première partie serpente entre les arbres et il est difficile de prendre de la vitesse. Certaines parties de routes ombragées sont encore mouillées. Les bords de route sont encore revêtus de feuilles humides et glissantes, surtout dans les virages assez courts. On est loin des boulevards que l'on peut trouver après l'Izoard en filant sur Briançon.
En sortant du bois, comme l'avait prévenu l'organisateur, on se retrouve avec le vent du nord de face. Il sèche l'humidité, mais renforce la sensation de froid. Sans compter qu'il faut souvent relancer pour contrer les effets du dieu Eole.
C'est flagrant sur la courbe de vitesse. Une vraie scie egoïne.
 
Quand la route s'élargit, la confiance revient et je me laisse aller à profiter enfin de ma descente.
 
Il reste une dernière difficulté, mais, a priori, son seul défaut est d'être la dernière côte de la journée (du moins en vélo).
 
C'est le moment de se ravitailler pour tenter de repousser autant que possible le moment où les batteries seront à plat et que l'estomac refusera d'ingurgiter quoi que ce soit.
Désormais la pluie semble n'être plus qu'un souvenir. Les éclaircies ont pris le dessus. Pourvu que ça dure.
 
Dernière bosse passée on se dirige vers St-Nazaire avec une partie assez roulante, limite faux-plat descendant sur certaines portions. Depuis plusieurs kilomètres je ne vois plus aucun concurrent, ni devant, ni derrière. J'ai même parfois le doute de savoir si je n'ai pas loupé une bifurcation. Mais vu que j'aperçois le viaduc je doit être sur la bonne voie.
Sur cette fin de parcours, la circulation est plus importante et les voitures trouvent aussi la partie "roulante". La vigilance est de mise malgré une fatigue naissante.
 
Dernier virage à gauche et l'on redescend le raidillon du départ à côté d'une voie pour les coureurs. Ce sont ceux qui terminent le triathlon. A ce moment-là ils sont déjà une cinquantaine à avoir franchi la ligne d'arrivée, et une poignée depuis plus d'une heure (on est pro ou on l'est pas).

Cette fois-ci la transition est plus rapide, normal, il n'y a pas la combi néoprène à enlever !
Je prends quand même le temps de pommader les pieds. Sinon, pieds mouillés, ampoules assurées. Je regarde l'heure, un peu moins de 16h15, je peux donc laisser la frontale au parc. Elle était marquée obligatoire pour tout départ en CAP après 16h30 ou 16h40.
 
Comme je sens que le système digestif n'est plus forcément en phase avec l'absorption de solides, j'ai prévu de tester (oui je sais on ne teste jamais rien en course) des pastilles et gommes "énergétiques". Je me dis qu'en fondant cela devrait faciliter l'assimilation de carburant.
 
C'est reparti pour 21 kilomètres de course à pied. Le début du parcours est assez simple. Du bord de la Bourne, il faut monter jusqu'au Viaduc en traversant le village.
Pour la première montée, je trottine sur, presque, toute l'ascension. Normal il y a encore beaucoup de spectateurs.
Le dernier passage pour atteindre le viaduc est d'ailleurs très étroit, et les coureurs se croisent. Sur cette portion beaucoup de bénévoles pour encourager et éviter les collisions.
Une fois dessus on court sur un revêtement métallique ajouré à travers lequel on aperçoit l'eau dans le viaduc.
Mais en fait je parle de viaduc depuis le début et pas un pour me reprendre, s'il y a de l'eau dedans c'est un aqueduc pas un viaduc. Aqueduc dont le tracé date bien sûr des romains. Franchement ils étaient doués à l'époque. Je ferme la parenthèse
 
Deux arbitres appuyés sur la barrière discutent en surveillant ...
Ben, en fait ici il n'y a pas grand-chose à surveiller. Peut-être qu'aucun concurrent ne décide de faire un plongeon, mais le risque est faible. Sur le viaduc, pardon l'aqueduc, aucun spectateur n'est autorisé, donc aucun risque qu'un coureur ait un lièvre avec lui.
En parlant de lièvre, si vous voulez visualiser ce qu'est vraiment un lièvre en course à pied, cherchez la tentative (réussie mais non homologué) du passage sous les 2h au marathon par Eliud Kipchoge. Il a 7 lièvres en permanence.
 
Un photographe nous attend au bout de notre chemin de fer avant que nous ne partions pour un petit périple d'environ six kilomètres.
Une fois que l'on a fait un petit signe à l'objectif, le parcours est majoritairement horizontal. Quelques faux plats dans un sens ou dans l'autre sont disséminés ça et là, mais rien qui nous autorise à avoir des pensées noires envers les organisateurs :-).
 
Le premier tour sert surtout de repérage sur les difficultés et sur le positionnement des ravitos. Le but est de savoir quand grignoter quelques centaines de mettre avant le ravito pour pouvoir boire juste après.
Les ravitaillements sont vraiment bien situés, très régulièrement. Sur chaque on trouve eau plate, eau pétillante et coca pour ceux qui veulent, plus des barres et des gels, mais très peu pour moi. Mais pour nous changer on trouve aussi du solide non emballé (banane, pain d'épices ...) dispatché sur une multitude d'assiettes pour pouvoir prendre sa portion sans toucher la voisine. Le protocole covid est vraiment bien géré.
 
Sur un il y a même sirop de menthe et de grenadine, première fois que j'en vois. Pas bête, ça change les gouts.
Au 2e passage devant celui-ci d'ailleurs, je sors mon péché mignon sur course à pied : les TUCs. C'est salé et fondant. En fait c'est surtout fondant car ils sont presques en miettes, étant dans ma poche depuis plus d'une heure.
 
Au détour d'une ferme, on traverse un élevage de canard. Disons plutôt que les canards ont pris leurs aises et ce sont mis à traverser le chemin sur lequel nous courrons. Mais contrairement aux oies, ils ne sont pas agressifs.
Par contre le canard se couche tôt. Au 3e tour il n'y aura plus une patte palmée sur la route.
Mais sur le parcours, je ne croise pas que des canards. Je croise des concurrents que l'on repère plus facilement que d'autres. Par exemple celui qui court avec un Bob ou encore celui qui court avec une chemise hawaïenne.
 
Un des grands avantages de la course à pied, c'est que l'on a plus de temps pour discuter avec les bénévoles ou même avec les spectateurs qu'en vélo.
 
A ma seconde montée à l'aqueduc je suis avec une Marie qui a son fan-club au pied de l'ascension. Comme ils crient très fort toutes les personnes présentes le long du chemin sont au courant et l'encouragent à leur tour.
En rigolant je leur donne mon prénom pour le prochain tour, on ne sait jamais. Quelques minutes plus tard quand je passe au-dessus d'eux sur l'aqueduc, j'entends leurs encouragements envers moi. C'est tout con, mais ça fait un bien énorme.
Au bout de l'aqueduc, en arrivant vers le photographe, la personne qui me précède fait une petite révérence à l'appareil. Un peu pris de court je fais juste un petit salut mais promets de faire mieux au prochain tour.
 
Arrive enfin le dernier tour. Au ravito avant d'entamer ma dernière montée, je tente un morceau de jambon qui me faisait de l'œil. Heureusement qu'il n'était pas gros sinon ça aurait été du gaspillage. L'estomac commence sa phase de repli sur soi.
Dans cette dernière ascension, je rejoins le dernier concurrent en vélo qui vient de sortir in extremis du parc de transition. Ce dernier fermait à 18h et la barrière horaire vient de passer. Il m'interroge un peu sur le parcours. Je lui décris un peu la montée jusqu'à l'aqueduc. Ca lui coupe les jambes et il se met à marcher. Je me dis qu'il lui reste 3 heures pour rester dans les délais, je pense que cela va être compliqué pour lui, et à ce moment-là je ne l’envie pas du tout. Il finira quand même dans les temps.
Alors je le laisse et je continue ma route. A l'approche du photographe je lui lance "Chose promise, chose due" et je fais un petit saut de coté en tapant les talons en l'air. Je double la pose pour être sûr que la photo soit bien prise.
 
Sur le reste de parcours, les gommes commencent à avoir du mal à passer. Les intestins commencent à se bloquer. J'espère que je pourrais courir jusqu'au bout. J'aimerais passer sous les 2h30 ce qui me parait raisonnable : 8,5 kmh avec l'ascension ça me parait jouable. Au début de ce dernier tour, ce timing est encore possible si les jambes continuent de tourner. Il ne faudra pas marcher sur les faux-plats.
 
Sur ce dernier tour j'en profite surtout, comme nombre d'autres concurrents, pour féliciter et remercier tous les bénévoles toujours fidèles au poste.
Car je vous l'avoue, un de mes plus grands plaisirs lors de mes courses : échanger avec les bénévoles. Car outre le fait que cela rompt la monotonie, cela permet d'évaluer le niveau de fatigue. Quand je ne peux plus leur parler c'est que ça ne va vraiment plus.
Pour l’avoir été sur plusieurs courses (moi c’était pour des trails), restez des heures sans bouger juste pour indiquer une direction cela mérite aussi d’être salué.
 
Le soleil prépare son lit avant de se coucher. Il fait beau, enfin. Quelques cumulus sont encore là pour maquiller le ciel. Alors je dis cumulus, comme j'aurais pu dire stratus (moins courant) mais je ne suis pas expert en nuages. Ils sont blancs, pas très gros et n'inquiètent personne.
 
Les ravitaillements sont plus compliqués, je bois par petite gorgée et même les pastilles ont du mal à fondre. La motivation se tourne désormais sur le timing. Je me maintiens à un peu plus de 9 à l'heure c'est bon pour les 2h30. Je dirais même large.
 
Dernier retour sur l'aqueduc métallique. Ma montre vient de passer les 21 kilomètres. Flûte je vais bouffer toute ma marge, ça parait compromis pour rester sous les 2h30.
A ce moment-là, une abeille me pique. Mais pas une vraie butineuse. Au bout de l’aqueduc, j'aperçois un coureur qui me semble à la peine, vêtu d'un maillot rayé jaune et noir.
Voilà un bon objectif.
Ce dernier km s'annonce plus motivant que jamais. D’ailleurs à ce moment-là il reste à peine 800m, avec du plat et des descentes. Pourquoi bouder son plaisir. Après tout le vainqueur a bien grillé son prédécesseur à quelques hectomètres de l’arrivée (18 sec d’écart sur la ligne) !!
Les jambes ont compris et se mettent à augmenter la fréquence.
Dernière coucou à la jeune demoiselle qui officiait à l'entrée de l'aqueduc avec une énergie débordante (je le dis que maintenant pour éviter les jalousies :-) ).
Je traverse le village toujours à allure soutenue.
Vient enfin la bifurcation. Tout fier je leur montre mes 2 chouchous qui m'autorisent à prendre enfin à gauche et leur crie "Ca fait plus de 2h que j'attends ce moment".
Après ce virage à 90°, l'abeille est à moins de 50m.
 
Je maintiens le rythme. L'abeille ralentit à l'approche de la traversée de la dernière route, c'est à cet instant que j'en profite pour la passer. On est maintenant dans la descente qui mène à a ligne d'arrivée. Celle où il y avait une voie vélo et une voie CAP.
La pente est raide et j'essaye de ne pas trop taper les pieds car chaque vibration est douloureuse.
 
Je vois le tapis orange et là j'accélère encore un peu. Ca faisait tellement longtemps que je n'avais pas sprinter pour boucler un triathlon. Je me demande même si ce n'est pas une première.
 
Je franchis la ligne, en 2h28 de CAP, génial.
 
Je reçois ma médaille, en bois cette fois ci. La bénévole me dit que dans le vercors il aurait été dommage de donner du métal. Je récupère aussi mon petit sac de ravitaillement, car, protocole oblige, pas de gros ravitaillement d'arrivée, juste une partie liquide.
Ma sœur m'attend en sortie de zone. Elle est aussi contente que moi :-)
A l'intérieur de mon petit sac, j'extrais mon bon pour aller chercher ...
mes ravioles !
Ca y est, elles sont là, je les sens déjà m’appeler.
 
Deux dames, masquées et gantées me donnent la petite assiette toute chaude avec de l'emmental fondant dessus et ma petite fourchette en bois.
 
Mais au bout de deux coups de fourchettes, maintenant que l'euphorie est retombée, mon estomac me rappelle qu'il est toujours en vrac, et qu'il n'est pas prêt à accepter quoi que ce soit pour le moment. Bon tant pis on finira les ravioles plus tard.
 
Par contre à la différence de Tours, les kinés sont encore présents, j'en profite donc pour aller faire la queue.
 
La grande salle réservée aux masseurs sert aussi de salle de stockage pour l'organisation. Pendant l'attente deux des organisateurs préparent les lots qui vont être remis quelques minutes plus tard sur le podium.
On échange avec eux et quelques triathlètes, notamment sur la température de l'eau du matin. Tout le monde s'accorde à dire que 17,3° était surévalué.
 
Sur la table de massage, je vais alterner soulagement et douleur (je sais que c'est pour mon bien le lendemain).
 
En ressortant je vois le podium installé, avec les officiels qui ont commencé la cérémonie. Je file au parc pour récupérer mes affaires. Le parc s'est bien vidé. Tout est complètement trempé. Je fourre tous mes affaires dans mes 2 sacs en essayant de les essorer autant que possible, je m'attellerais au séchage à la maison.
 
 
En remontant une dernière fois la pente qui me permet de rejoindre la route principale, je passe devant le van du team de Diego Van Looy. On ne peut pas le louper avec les autocollants plaqués sur les flancs du Volkswagen.
 
Petit bilan chiffré.
 
Comme d’habitude je suis à ma place dans le dernier quart : 266 / 348 partants / 354 inscrits (mais à 1 place du 3e quart). 
Et toujours régulier 238ème temps en natation, 265ème temps en vélo et 257ème temps en CAP.
Au final 266ème, la différence se jouant comme toujours dans les transitions : 318e en T1 (un changement intégral, ça coute cher) et 269e en T2 (pas très significatif car les temps sont beaucoup plus resserrés, 7s de moins c'est 15 places de gagner).
Pour mes temps entre les estimés et les réalisés. C'est plutôt bon. En natation 48' pour 50 max. En vélo 6h27 pour 6h30 max (6h15 initialement dans mon tableau mais sans inclure la météo calamiteuse). Pour la CAP 2h28 pour 2h30 max.
 
En conclusion, ce triathlon reste exigeant, mais accessible à ceux qui font déjà des L, mais qui n'ont pas envie de basculer sur les XXL (message à tous mes équipiers de Paladru).
Un jour il faudra le refaire sous le soleil pour profiter de la vue dans la montée du col de la machine.

Bonne Soirée

Aucun commentaire:

Publier un commentaire